Rires de poupées chiffon – Philippe Rouquier – Carnets nord – 2019 – ISBN 9782355363214 – Une chronique de Guillaume Sautet – Un entretien avec Philippe Rouquier

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Dans une bâtisse isolée du Vercors, un couple d’artistes peintres se sépare. Leur relation a été productive puis s’est détériorée. Adeptes des oeuvres à point de vue unique, le couple fait de ses derniers moments de vie commune une performance et une oeuvre macabre dont ils devraient être les seuls spectateurs. Mais un témoin s’est invité au spectacle sans les prévenir.

 

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La nuit se lève – Élisabeth Quin – Grasset – 2019 – ISBN 9782246856108

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Le corps, ce faux ami, ce traître, le plus grand des traîtres (mais le nôtre), dont les raisons nous sont à jamais indéchiffrables.

Mon corps malade, cette énigme : partenaire-destructeur.

“La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on ne pense jamais à lui…”

Elisabeth Quin découvre que son œil est malade et qu’un glaucome altère, pollue, opacifie tout ce qu’elle regarde. Elle risque de perdre la vue. Alors commence le combat contre l’angoisse et la maladie, nuits froissées, peur de l’aube, fragilité de cet œil soudain scruté, trempé de collyres, dilaté, examiné, observateur observé…

« Être sûre de soi sans se voir, se connaître sans se voir. Libération ultime ? Développer une acceptation de soi semblable à celle des mystiques, des nomades, de tous ceux qui vivent sous la ligne de flottaison du regard-dans-le-miroir, dans une dimension inimaginable pour les narcissiques d’aujourd’hui : le hors-champ total de soi. »

Elisabeth Quin raconte, avec une sincérité magnifique, cette traversée dont nul ne voudrait – maladie, destin ou don, comment savoir, qui change son quotidien en secret, et le secret en vie quotidienne. Nous l’accompagnons chez les médecins – et c’est Molière, de drôlerie, d’incertitudes, de sciences fausses ou vraies, avec de rares grands humains.

« Le manteau d’invisibilité est mangé au mythes : il remonte à la Grèce antique. Hadès, le roi des Enfers, avait trois attributs parmi lesquels la kunée, le casque qui rend le porteur invisible…

Voir sans être vu : un rêve de petit garçon. Serait-ce un marché acceptable pour un aveugle ? »

Nous la suivons chez les marabouts, qui veulent la protéger de notre regard. Sa rencontre avec Tobie Nathan, le lutin dissipé de l’ethnopsychiatrie. Elle l’avait interviewé par le passé, et elle avait aimé la malice de cet intellectuel juif égyptien volubile, intuitif, atypique…

Nous découvrons ses lectures, de Lusseyran à Hervé Guibert et Jim Harrison. Et comme elle, nous travaillons nos sens : fermer les yeux sous la douche ; marcher dans la forêt, la main dans celle de son compagnon ; écouter les oiseaux ; penser aux paysages ; écouter la nuit ; s’imaginer sans miroir, vue et malvoyante, prisonnière mais au-delà…

Alors… « Mal voir, c’est perdre du temps et devoir toujours prendre de vitesse ce qui peut constituer un danger ; c’est vivre  la rue comme un jeu vidéo, avec des snipers embusqués qu’il faut apercevoir à temps. Pour le moment, je gagne la guerre. Mais je vois de plus en plus souvent avec un laps de retard qui me fait sursauter. »

La nuit se lève est ce récit, d’une beauté sublime, drôle à chaque page, terrifiant parfois, métaphysique malgré lui, sensuel, vivace – et contre toute attente, une marche vers la sagesse.

Mashka – Laetitia Reynders – Dklogue éditions 2019 – ISBN 9782901723004

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Pourtant je n’étais pas très fan de ce genre littéraire et… surprise !

Laetitia a réussi à m’inviter à revoir ce jugement.

Soulignons, comme l’auteure le signifie en note, que la littérature fantastique est bien souvent décriée…qualifiée de « mauvais genre », qu’elle est un peu comme le vilain petit canard.

Contre toute attente,  et celle de l’auteur est un pari gagné pour elle, j’ai été bluffé.

Captivé même !

Le sujet, tout historique qu’il est et dans le genre fantastique, est à la réflexion intéressant, interpellant…

Et si le fantastique ne l’était pas vraiment !

Une passionnante plongée dans la grande histoire, dans la découverte de la langue russe, dans sa littérature.

Я больше не являюсь частью этого мира, но моя смерть будет возобновлена в вашем, как камень, брошенный рикошету на поверхность пруда, посылающий концентрические волны каждый раз, когда он касается воды.

Письмо Распутина Николаю II.

Je ne fais plus partie de ce monde mais ma mort se renouvellera dans la vôtre, comme une pierre jetée pour ricocher à la surface d’un étang, envoyant des ondes concentriques chaque fois qu’elle touche l’eau.  (Lettre de Raspoutine à Nicolas II)

En résumé,

Je me prénomme Maria Nicolaïevna Romanova, je suis née à Saint Petersbourg le vingt-six juin 1899 du calendrier grégorien.

Mes parents sont le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra Feodorovna.

Beaucoup pensaient que l’année 1917 serait l’aube d’un grand changement. la Russie des tsars allait bientôt tirer sa révérence pour laisser place à la révolution bolchévique.

De Pierre le Grand à Vladimir Poutine, ce pays est devenu le plus étendu du monde. Mais cet immense territoire a toujours été un entrelacs de complots, de haine et de trahisons.

Découvrez le destin particulier de la troisième grande duchesse à travers les traditions russes et le déclin d’un empire aux pieds d’argile.

Lorsque l’histoire prend fin, il reste la légende

La prisonnière de la mer – Elisa Sebbel – Mazarine éditions – 2019 – ISBN 9782863745038

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Bravo à cette auteure qui s’était lancée dans l’auto édition avec un premier roman intitulé « Le rocher ». Ils ont été nombreux les lecteurs, les journalistes ainsi que les blogueurs à écrire sur  ce beau roman qui retraçait des faits « oubliés » de l’histoire napoléonienne. Cf. ma chronique https://lesplaisirsdemarcpage.wordpress.com/2018/04/02/le-rocher-elisa-sebbel-un-roman-de-292-pages-2017/

Découvrir que ce roman vient de sortir aux éditions Mazarine, dans la cour des grands donc,  se salue par un grand coup de chapeau.

Pour bien situer le challenge, Mazarine publie des livres qui font plaisir, qui font rire, dans l’air du temps. Des coups de coeur, des petits bijoux, romans ou thrillers, des livres d’humour détonants, des biographies inédites. Le tout porté par une nouvelle génération d’auteurs talentueux, impertinents et stimulants.

Mazarine, la petite maison d’édition qui fait plaisir.

Or, en 2016, les Éditions Mazarine lancèrent le Mazarine Book Day.

Entre un écrivain et un éditeur, c’est toujours l’histoire d’une rencontre.
C’est pourquoi, les éditions Mazarine organisent The Mazarine Book Day : un pitch, un texte, deux jurys, cinq minutes pour convaincre… et une chance d’être publié !

Quelle ne fut pas notre joie qu’un des deux nouveaux membres de la Team Auteurs Mazarine, issus de l’édition 2018 du Mazarine Book Day, soit Elisa Sebbel avec la mention spéciale du jury.

 

En résumé, le 5 mai 1809, 5.000 soldats de l’armée napoléonienne ayant perdu à Baylen, pensent être rapatriés en France mais ils accostent sur l’île déserte de Cabrera. L’absence de denrées et la précarité compliquent leur survie. Ils sont accompagnés de 21 femmes dont Héloïse. La jeune veuve trouve protection auprès d’un officier jusqu’à ce que de nouveaux prisonniers arrivent, dont Louis.

Une écriture fluide et bien construite, pour un récit richement documenté.

Une envie certaine de partir en Méditerranée !

Docteur en littérature française, Elisa Sebbel enseigne dans une université espagnole et vit à Majorque.

Le collectionneur – Fiona Cummins – éditions Slatkine & Cie 2019 – ISBN 9782889440429

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Les collectionneurs cherchent toujours la rareté, l’objet unique.

Londres.

Samedi. 3h14

Etta Fitzroy fait défiler les faits.

Trois enfants ont disparu : Grace Rodriguez, Clara Foyle, Jakay Frith.  Deux des enfants sont atteints d’une maladie génétique orpheline qui fait se dédoubler les cartilages puis pousser les os jusqu’à l’étouffement, la maladie de l’homme de pierre.

Trois squelettes de lapin : un premier dont la signification lui a échappé, un deuxième découvert sur le Heath, sans lien apparent, et un troisième déposé à l’endroit où une des fillettes a été enlevée.

Deux mystérieux messages contenus dans des tubes accompagnent les ossements des Oryctolagus cuniculus.

10h06

Quiconque verrait passer cet homme penserait que la maladie a rongé toute la chair sur ses os. Ses joues sont creuses, et la peau si tendue qu’on la croirait prête à se déchirer. Ses vêtements pendent sur son corps décharné : un assemblage d’os vieillissants maintenu par un fragile réseau de nerfs. Son sourire ressemble à une mise en garde.

Une personne s’approchant de trop près sentirait peut-être les notes musquées, le déodorant et une légère trace d’autre chose. Ne parvenant pas à l’identifier, elle s’éloignera discrètement, le nez plissé par le dégoût, trop polie pour faire une remarque. Ceux qui travaillent dans les morgues et les abattoirs la reconnaîtront aussitôt, et l’effet sera comme un coup de hachoir.

Le Collectionneur mène une double vie. Monsieur Tout-le-monde dans l’une, il est, dans l’autre, le gardien d’un musée secret qu’ont constitué son père et son grand-père avant lui, une collection d’ossements… humains.

Pour ses six ans, sa mère lui avait offert un lapin. Blanc et noir. Ses moustaches remuaient quand il reniflait sa main. Il sentait son petit coeur battre sous la peau, vibrante évocation de la vie.

Il adorait ce lapin. Il jouait avec, il le brossait pendant des heures. Le jour où l’animal l’a mordu, il l’a assommé d’un coup de parpaing et lui a fendu le crâne.

4h01

Un gyrophare tournoie lentement.

C’est ce qu’il reste de la voiture fracassée, orpheline de tout occupant.

Deux mois plus tard…

Avec un style aussi efficace que glaçant, Fiona Cummins plonge dans l’âme d’un psychopathe.

Un incontournable !

Soren disparu – écrit par le duo Francis Dannemark & Véronique Biefnot – éditions Le Castor Astral 2019 – ISBN 9791027802012

 

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Un souvenir entraîne l’autre. Quand on commence, on n’en finirait plus.

La fois où… Et la fois où…

Et cette fois encore… notre duo forme l’attelage élégant qui va nous conduire vers la découverte de l’écriture particulière qui le caractérise.

 

Rahal, Thomas, Christian, Arnaud, Marie-Jeanne, Lucien, Jean-François, Serge, Gaby, Karine, Michèle… et bien d’autres, ne l’ont pas revu ou de loin en loin, de moins en moins, ici et là, dans la foule. Un concert. Une première. Un signe de la main. L’ombre d’un sourire…

Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît.

Ce qu’il cherchait, sur ce pont ?

« La vie est une tragédie – quand on la regarde de près. Mais avec le recul, c’est une comédie ».

 

De Dannemark à Biefnot, qui conduit la partition ?

Ce duo orchestre son écriture en se fondant dans la partition.

 

Et pour percer le mystère de cette disparition, ils vont rassembler une centaine de notes, une centaines de témoins qui raconteront l’homme tel qu’ils le connaissaient.

Homme multiple, tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, Soren n’avait guère cessé, depuis la fin des années 1970, d’arpenter avec passion le monde de la musique. Mais que sait-on vraiment de ses proches ?

Le portrait kaléidoscopique qui naît de ces multiples évocations nous entraîne dans le vertige de cette question : qui sommes-nous sous le regard d’autrui ?

C’est une enquête troublante que ce nouveau roman, un patchwork de témoignages qui tente de saisir l’insaisissable.

Un récit impressionniste et foisonnant, tantôt mélancolique ou caustique, tantôt tendre et joyeux.

En duo, Francis Dannemark & Véronique Biefnot ont publié plusieurs romans depuis 2015 : La route des coquelicotsKyrielle Blues(Le Castor Astral), Place des Ombres, après la brume (Kyrielle) et Soren disparu (Le Castor Astral) ainsi que le recueil de poèmes Au tour de l’amour(Le Castor Astral).

 

La plume de cette écriture est légère comme le duvet.

Bien malin celui qui découvrira lequel de ces auteurs a ce souffle particulier qui relance l’action.

La symbiose est éblouissante, fascinante.

Ces deux-là aiment avant tout la compagnie des gens. Des gens qu’ils aiment.

Comme Soren.

La musique, c’était pour…préserver les émotions. Elles sont fragiles. Il aurait pu écrire, ou peindre, ou façonner de beaux objets.

De toute façon, il aurait créé quelque chose, à sa manière.

https://www.castorastral.com/livre/soren-disparu/