Dans le cadre du challenge #uneannéedelivres, une écriture éblouissante : celle d’ #alaincadeo dans « Des mots de Contrebande – Alain Cadéo » – par Geneviève Munier

DES MOTS DE CONTREBANDE – ALAIN CADEO

Des Mots de Contrebande – Alain CADEO

Il ne me fut pas utile d’ouvrir l’ouvrage d’Alain Cadéo pour savoir que sa lecture serait bien éloignée de mes habitudes.

Le titre déjà “Des Mots de Contrebande” fleurait l’interdit, l’illégalité, le mystère. Le genre “Texte” portait en lui une interrogation. Il n’était question ni de roman, ni de nouvelles. Et puis, il s’adressait directement à moi. Je comptais, en effet, parmi les “inconnus qui…” se trouvaient entre parenthèses. Et je ne parle pas des mots sur le bandeau “Lorsque tu éprouves un vide vaste comme un ravin de schiste gris tout ruisselant de pluie, sors, marche, chantonne, inspire, hume, sens, sois bien droit, caresse du bout des doigts les plantes du chemin, souris aux gosses et aux chiens, va ton chemin…” véritable leçon de vie et d’optimisme.

Il s’agit donc de petits textes faits de dentelles de mots, au parfum de poésie, des petits morceaux d’histoire subtilement tressés, titrés de jolies expressions. Ces histoires se méritent, elles se dégustent, se lisent et se relisent. J’en ai parcouru quelques pages sur un banc face au lac d’Annecy. Je ne m’étais pas trompée, leur beauté était parfaitement assortie. Alain Cadéo est un artiste, un poète, il brode au petit point, assemble les fragments, en fait des phrases dansantes, des parcelles d’amour, des questions de philosophie.

J’ai aimé tellement de passages, que je pourrais tous les citer.

Brins de vie” est l’un d’entre eux :

Si notre vie, ses raisons d’être, ne tiennent qu’à un fil, alors au-moins qu’il soit d’or d’argent ou de platine, chaque brin tressé, heure par heure, avec un véritable amour d’orfèvre.”

Mais il y a aussi “Cadeau” :

“Tout est cadeau, disait ma mère, mais seulement, rajoutait-elle, pour ceux qui n’attendent rien.”

Que ne suis-je encore enseignante pour faire réfléchir mes élèves sur ces pensées emplies de sagesse ?

J’ai apprécié cette belle écriture, à la musique surannée. J’ai apprécié la sensibilité et l’intelligence du propos. J’ai aussi forcément apprécié “… les mots rongeurs, rageurs et tapageurs […] les mots souples et chauds truffés de liserons comme les harpes éoliennes.”

Et si pour la première fois, vous vous en serez peut-être rendu compte, je n’ai pas émis d’avis, je veux parler d’un avis chiffré ou plutôt étoilé, c’est que ces “Mots de contrebande”, hors normes, ne pouvaient entrer dans une grille d’évaluation. Ils sont à part, nimbés d’une beauté à nulle autre pareille.

Ils sont incomparables et sauront ravir les amateurs de plumes élégantes.

Editeur : La Trace
Date de Parution : 24 Novembre 2018
Nombre de Pages : 150

chronique

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Willy DECOURTY, Le flic évanoui, Marque belge, 2018, 160 p., 18 €, ISBN : 978-2-39015-025-1

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Disparition inquiétante…

Naguère bourgmestre d’Ixelles, Willy Decourty renoue avec son passé de jeune rédacteur au journal Le Peuple, au temps des Golden Sixties, pour fourbir, avec Le flic évanoui, un récit qui vogue entre polar et roman d’aventures. Il habille ainsi le personnage central, Maxime Rossini, de son ancienne tenue de chroniqueur culturel et people au sein d’une rédaction où les plus anciens reconnaîtront, sous les prénoms et les noms d’emprunt transparents, plusieurs rédacteurs du journal socialiste aujourd’hui disparu.

Au départ, Rossini est chargé de chasser l’information à propos de la disparition mystérieuse d’un policier bruxellois. Un tuyau l’aiguille vers Michael, le jeune frère d’une copine de bistrot. En rupture d’une famille qui l’a rejeté à cause de son homosexualité, l’adolescent est passé selon la pente classique, de l’état de drogué à celui de dealer avant d’être persécuté par une bande de malfrats du milieu qui le volent, lui réclament de l’argent et menacent de le tuer. Maxime, qui dès leur première rencontre s’est pris d’amitié pour Michael, décide de le protéger et se lance lui-même dans l’arène en prenant des risques considérables et en entamant avec les affreux qui l’ont repéré un jeu d’esquive subtil mais dangereux.  Bientôt, il deviendra par la force des circonstances une sorte de go-between entre Michael et ses anciens partenaires qui finiront par lui proposer un marché poisseux. Bien entendu, le récit mouvementé et riche en rebondissements débouchera sur un bouquet final assez sanglant et sur des révélations concernant ce « flic évanoui » par qui tout a commencé.

Si l’action y est intense, le roman présente aussi (et peut-être surtout) un aspect psychologique très prégnant avec, pour Maxime Rossini, la prise de conscience de sa véritable orientation sexuelle. Celle à laquelle l’amitié enveloppante de Michael l’éveille peu à peu au fil du récit et que malgré ses premiers effarouchements éducationnels, il finit par accepter et finalement assumer pleinement.

Au passage Willy Decourty suscite de nombreux affleurements de ce Bruxelles des années 60 « évanoui » lui aussi.  C’était au temps (air connu) où l’on rencontrait librement les célébrités du moment à la Terrasse Martini dominant le centre-ville,  où les touristes mondains se retrouvaient aussi Chez Paul- Au Gaity, la boîte de strip-tease haut de gamme – aujourd’hui disparue, mais bien présente dans le scenario de Decourty – finement animée par Édouard Caillaux, ami fidèle de Brel. Temps joyeux où chaque rue ou presque de ce centre bruxellois avait son bistrot comme le Select fréquenté ici par Maxime Rossini. Un de ces lieux de récréation où les journalistes échangeaient leurs informations au rythme des tournées et où de grands enfants (parfois les mêmes) avaient leurs habitudes, refaisaient le monde,  jouaient à se chamailler pour des queues de cerises, s’engueulaient pour rire ou non, mais cultivaient aussi l’amitié pour de vrai.

Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron – Alma éditeur – 2018 – ISBN 9782362792878

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« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. »
L’auteur revient sur son parcours depuis l’enfance, les brimades à l’école, les punitions des professeurs, le réconfort de sa grand-mère et son désir pour des filles inaccessibles.
« Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas »
« On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli… » et
« Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à qui les personnages peuvent ressembler… ».
Alors… « Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »
Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré, Olivier Liron lui-même, fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé.
« Je n’ai aucun souvenir de la présentation des candidats que j’ai vécue comme sous hypnose. Mais je me souviendrai toute ma vie de la toute première réponse que j’ai donnée. Une réponse qui m’a lancé dans le match comme un Panzer allemand dans un champs de coquelicots en Normandie.
  • Quel petit passereau, a commencé Julien, dont…
Je nageais dans toutes les questions, dans tous les récits… récits de guerre, films de guerre. C’est là que l’humanité révèle sa vraie nature. Mes tranchées à moi, mon enfer à moi, je l’ai connu plus jeune. Anton Tchekhov a écrit, après être rentré du bagne de Sakhaline en 1889 : « Mon œuvre entière est imprégnée du voyage à Sakhaline. Qui est allé en enfer voit les hommes d’un autre regard. »
« Mon enfer à moi, c’est le collège républicain d’un petit village de province… à l’école aucun espace protégé n’existe. C’est la jungle pure. J’ai vécu ces années comme une bête traquée et j’aurais pu déchiqueter les autres avec les dents. »
« La joie, le vert paradis, la douceur de l’enfance, ça, désolé, on repassera, je n’ai pas connu. S’il n’y avait que les brimades, les blagues et les insultes. On pourrait essayer d’oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s’inscrit aussi dans le corps. Ma vie était un enfer. Mes parents ne comprenaient pas. »
En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.
Né en 1987, Olivier Liron étudie à l’École normale supérieure avant de se consacrer à l’écriture et au théâtre. Il a publié en 2016 chez Alma son premier roman Danse d’atomes d’or.
Une écriture subtile, juste et pointue comme pour aiguiller notre curiosité de découvrir que les mots peuvent peupler notre mémoire, un vrai réflexe de survie.

Joseph NDWANIYE, Plus fort que la hyène, illustrations d’Anne-Marie Carthé, La Cheminante, coll. « La Cheminante Jeunesse », 2018, 61 p., 8€, ISBN : 978-2371271081

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Le pouvoir des sept cordes

Savez-vous ce qu’est un inanga ? Ce mot aux syllabes bondissantes désigne « un instrument de musique qui ressemble à un bouclier sur lequel on aurait fixé des cordes », une sorte de cithare venue des terres rwandaises. Chaque note qui en émane s’inscrit sur la partition des temps passés, résonne dans la tradition des Anciens et diffuse des valeurs à maintenir. Un objet à ne toucher qu’avec respect et conscience. C’est aussi le cadeau que le grand-père mahanzi de Gato lui transmet à ses six ans, lors de son premier voyage au Pays des Mille Collines, et dont il lui révèle peu à peu les secrets. L’inanga devient alors le compagnon de fortune et d’infortune du petit bonhomme, un interlocuteur qui le soutient dans son quotidien : « Quand tu seras là-bas au pays des Blancs, il ne faudrait pas que tu arrêtes de jouer de ton inanga. Quand tu seras triste ou que tu auras mal, prends-le, fais-le vibrer et surtout parle-lui, il t’écoutera et te réconfortera. »

Car Gato souffre d’un mal invisible irradiant en son être : la drépanocytose, une maladie de l’hémoglobine, héréditaire et incurable. Son enfance se déroule sur un tempo qui lui échappe, son existence étant rythmée par la douleur qui fluctue et advient par crises. Mais, grâce au pouvoir des sept cordes, il sera dorénavant plus fort pour traverser, avec sa famille, les épreuves qui l’attendent. Arrivera-t-il à imposer sa cadence ?

Dans Plus fort que la hyène, Joseph Ndwaniye, écrivain et « infirmier humaniste », évoque par petites touches des problématiques intrinsèques à la maladie, ainsi que d’autres plus périphériques mais tout aussi importantes : la culpabilité liée à la souffrance des proches, le sentiment d’injustice partagé par l’entourage, l’incompréhension face à l’invisibilité du mal, etc.

En dehors de sa poésie manifeste et de sa douceur, ce conte pour enfants est intéressant par la place qu’il laisse à la puissance de la parole. Celle-ci est libératrice quand on escalade son mur de silence et qu’on partage ses maux. Parfois, elle blesse, par ignorance et maladresse, mais elle apaise aussi par des mélopées, en kinyarwanda ou dans la langue de l’amour. Elle se fait protectrice en dissipant les ombres du non-familier ou en articulant des questions poignantes sur la Vie et la Mort. Elle peut dédramatiser lorsqu’elle est juste, précise, pédagogique. La parole et la musique, des armes essentielles dans le combat contre toute maladie…

Ça y est ? Vous avez les yeux qui saignent ? Cédrick Fairon et Anne-Catherine Simon ont le remède : leur Petit Bon Usage de la langue française, une version remaniée de l’œuvre-référence de Maurice Grevisse, pose ses pieds dans les empreintes du célèbre grammairien belge en s’appuyant sur les citations de plus de 300 auteurs classiques ou contemporains.

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À cause que. Ils croivent. Au docteur. C’est moi qui l’a fait. Le frère à mon père. Ou, parce que non, la faute grammaticale n’est pas l’apanage des adolescents et des milieux défavorisés : « On est sur une petite mousse aux graines de tournesol et son coulis de fraises ».
Ça y est ? Vous avez les yeux qui saignent ? Cédrick Fairon et Anne-Catherine Simon ont le remède : leur Petit Bon Usage de la langue française, une version remaniée de l’œuvre-référence de Maurice Grevisse, pose ses pieds dans les empreintes du célèbre grammairien belge en s’appuyant sur les citations de plus de 300 auteurs classiques ou contemporains.
« C’est un ouvrage grand public, explique Cédrick Fairon, docteur en linguistique et prof de linguistique et d’ingénierie linguistique à l’UCL, ni austère, ni élitiste mais familial, avec des extraits de littérature pour donner le goût de la langue et montrer comment les auteurs la font vivre et évoluer. » La grammaire, c’est la manière correcte d’écrire une phrase. C’est l’ordre des mots, les accords. « Le solfège de la langue. Comme en musique, on ne peut pas jeter les notes en vrac, il y a un ordre, un système. Et ce système, c’est le support du sens. »
Les spécialistes sont partis de la dernière révision du précis de grammaire de Maurice Grevisse (2009), en ont gardé 25 % et livrent aujourd’hui 75 % de remaniement, de réécriture et de nouveaux exemples. L’originalité de leur version est là : ils n’ont inventé aucune phrase pour illustrer les règles de grammaire, ils les ont trouvées dans des romans, des chansons, des poèmes… « On a rassemblé 450 romans contemporains d’auteurs français, belges, suisses, québecois, tunisiens, marocains… publiés entre 2008 et 2018, et 150 classiques, précise Anne-Catherine Simon, elle aussi docteure en linguistique et prof à l’ucl où elle enseigne la grammaire aux étudiants en lettres. Nous les avons sélectionnés suivant différents critères : ceux qui ont obtenu des prix littéraires, ceux qui sont les plus lus et ceux qui ont suscité le plus d’échanges sur les sites participatifs où les lecteurs viennent parler des livres qu’ils apprécient. » Un aperçu représentatif de la littérature francophone aujourd’hui mêlant joyeusement Duras, Stendhal, Molière, Flaubert, Racine, Hugo à Stromae, Gavalda, Pennac, Tournier, Brel, Grand Corps Malade ou Musso…
Pas forcément les meilleurs, les plus purs, les plus radicaux, les maestros de la langue française. « Ah non, justement pas, insiste Cédrick Fairon, ça aurait été contraire à l’esprit du bon usage qui est tout sauf une recommandation stricte. Bien sûr, on donne la règle mais on observe aussi comment cette règle peut être interprétée de différentes manières et comment les auteurs jouent avec elle. »
L’estompement du sujet
Jouer, c’est leur truc. Lui est directeur du Cental, un laboratoire de recherche en traitement automatique du langage, qui analyse notamment les textes littéraires. Elle axe ses recherches sur le français oral, se penchant sur des styles aussi variés que la chronique radiophonique ou le slam. Au chapitre des évolutions, les deux linguistes s’éclatent. Ils notent par exemple que les gens commencent à gommer le sujet. « On trouve cette omission dans les sms ( Faut pas t’inquiéter ), dit Anne-Catherine Simon, et dans certains romans comme chez Alain Berenboom ( Vais acheter ticket de retour ) ou déjà Albert Cohen ( Suis sortie de la pharmacie en chantant tout bas ). Le sujet disparaît souvent par la loi du moindre effort. En dire suffisamment pour se faire comprendre mais ne dire que ce qui est nécessaire : une loi universellement partagée. »
On remarque aussi l’arrivée à l’écrit de tournures propres à la langue parlée, comme les phrases emphatiques qui modifient l’ordre des mots. « Quand on dit : Ce que Fabrice n’apprit que plus tard, c’est que cette chambre était la seule du second étage du palais qui eut de l’ombre , c’est une manière de décondenser l’information, poursuit la prof de grammaire. Y a un Arménien qui a emménagé dans la rue permet de couper l’information en plusieurs morceaux en insistant sur le sujet. Ça vient du langage de l’immédiateté, où on a envie de faciliter la compréhension de l’interlocuteur. C’est en fait le il était une fois des contes ! »
Enfin, les auteurs notent que des adverbes, des conjonctions commencent à être utilisés différemment. Comme « enfin » qui, toute sa vie, a été un adverbe temporel. «On l’emploie aujourd’hui très fréquemment quand on veut reformuler quelque chose : J’ai commencé par lui expliquer, enfin, non, je veux dire, c’est pas comme ça que ça s’est passé , note Anne-Catherine Simon. C’est devenu un marqueur de discours. C’est aussi le cas de après : Je pense ça mais après, tu fais comme tu veux . Dans un sens argumentatif, le fameux en même temps d’Emmanuel Macron, qui essaie de faire cohabiter deux idées opposées, est très éloigné du Je cuis un œuf et en même temps je beurre ma tartine ». Son complice enchaîne : « Une belle illustration : ça commence à l’oral, ça passe à l’écrit, ça se normalise et un jour, un chef d’Etat l’utilise comme si de rien n’était. Après la France en marche, voilà : c’est l’usage en marche ! »
(1) La grammaire propose un index des notions, un index des auteurs et des tableaux qui, par exemple, synthétisent la forme féminine de tous les noms de profession. Une version électronique est disponible en PDF mais aucune version en ligne, qui serait enrichie via un moteur de recherche, n’est hélas à l’ordre du jour.

JULIE HUON – Le Soir 26 novembre 2018

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Disney ou l’avenir en couleur – Christian Chelebourg – éditions Les Impressions Nouvelles 2018 – ISBN 9782874496363

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Quoi de neuf chez Disney ? Quel avenir nous prépare le géant de Burbank ? Balayant les clichés sur l’usine à rêves, Christian Chelebourg nous invite à plonger dans l’ensemble des spectacles les plus récents produits par les multiples filiales de la Walt Disney Company pour comprendre les valeurs et les causes qu’elle défend dans un monde en pleine mutation.

À travers plus de 500 titres de dessins animés, de films, de séries télévisées, d’attractions, de comédies musicales, de comics ou de jeux vidéo, il nous fait découvrir comment les productions Disney encouragent les jeunes et les moins jeunes à retrouver la foi dans le progrès. Loin du conservatisme qu’on leur reproche si souvent, les studios soutiennent les courants les plus en pointe de l’opinion publique sur les questions du féminisme, de l’inclusivité, du multiculturalisme. Ils profilent une société respectueuse de toutes les identités, afin que chacun puisse avoir l’opportunité de s’épanouir en réalisant ses voeux. Face aux dangers qui menacent la démocratie, ils en appellent à un sursaut citoyen digne des superhéros pour rétablir le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple, prôné par les Pères Fondateurs de l’Amérique.

Le Disneyverse – l’univers que forge la marque Disney – n’occulte pas la réalité de notre époque. Il n’ignore ni les inégalités, ni le terrorisme, ni la crise écologique, il compose avec la mondialisation, mais il se refuse au ressassement des drames pour poser les bases d’un nouvel optimisme. La place qu’il occupe dans l’économie du divertissement exige qu’on y soit attentif si l’on veut comprendre les enjeux du contemporain.

Professeur de littérature française et littérature de jeunesse, Christian Chelebourg enseigne les Etudes Culturelles à l’Université de Lorraine, où il dirige le laboratoire LIS (Littératures, Imaginaire, Sociétés). Spécialiste de l’imaginaire, il s’est intéressé au roman du XIXe siècle avant de se consacrer à la culture de masse contemporaine. Il est entre autres l’auteur de Le Surnaturel : poétique et écriture (Armand Colin, 2006), Les Écofictions : mythologie de la fin du monde (Les Impressions nouvelles, 2012) et Les Fictions de jeunesse (PUF, 2013).

En résumé, l’ouvrage développe  l’évolution de la Walt Disney Company, depuis sa création en 1987, notamment depuis l’arrivée de Robert Iger comme PDG en 2005. La production cinématographique actuelle privilégie des thèmes d’actualité tels que le féminisme, l’inclusivité et le multiculturalisme, dépassant ainsi un présent déceptif.