Soif – Amélie Nothomb – Éditions Albin Michel – 2019 – ISBN 9782226443885

Ils burent ses paroles jusqu’à plus soif !

LUI oublia la démesure de l’effort. L’émerveillement était de la fête.

Avant l’incarnation, il n’avait pas de poids. Le paradoxe, c’est qu’il faut peser pour connaître la légèreté. L’eau changée en vin, l’ébriété délivra l’homme de la pesanteur et lui donna l’impression de s’envoler.

L’esprit ne vole pas, il se déplace sans obstacle, c’est très différent. Les oiseaux possèdent un corps, leur envol relève de la conquête. LUI, Il ne le répétera jamais assez : avoir un corps, c’est ce qui peut arriver de mieux. Son écorce est physique. Je ne connais donc pas le nom d’un écrivain à venir qui dira : «Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau. » Il frôlera la révélation, mais de toute façon, même ceux qui le glorifieront ne comprendront pas le concept du propos.

Ce n’est pas exactement la peau, c’est juste en dessous. Là siège la toute puissance. Il faut du courage et de la force pour se soustraire à l’esprit, ce n’est pas une métaphore. 

LUI. Avant l’incarnation, j’ai peu de souvenirs. Les choses m’échappaient littéralement : que retenir de ce que l’on n’a pas senti ? Il n’y a pas d’art plus grand que celui de vivre. Les meilleurs artistes sont ceux dont les sens détiennent le plus de finesse. Inutile de laisser une trace ailleurs que dans sa propre peau.

Et c’est justement  SA PEAU que l’on clouera sur la croix. Cette croix.

L’auteure épouse parfaitement l’ombre du personnage, s’y fond même au point de ressentir tous les tourments, les questionnements de l’Homme avançant dans cette région du monde : IL ne lui suffisait pas qu’elle soit politiquement déchirée. IL lui fallait une terre de haute soif.

« En vérité, je vous le dis : ce que vous ressentez quand vous crevez de soif, cultivez-le. »

Je ne demande pas de méditer sa soif, je demande qu’on la ressente à fond, corps et âme, avant de l’étancher. Voilà l’élan mystique.

Je ne boirai pas l’eau du broc que le geôlier a laissé dans ma cellule. J’y renonce à dessein. C’est une imprudence : la déshydratation me handicapera lorsqu’il s’agira de savoir que la soif me protègera. Elle peut prendre une ampleur telle que les autres souffrances s’amortissent.

Mon père a créé une drôle d’espèce : soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes généreuses qui ne pensent pas. En l’état où je suis, je ne pense plus non plus. Je me rappelle avoir marché des journées entières sur les chemins en me félicitant d’être heureux de rien. Je n’étais pas heureux de rien, je savourais la légèreté.

ça pourrait être pire. La condition humaine entière se résume ainsi : ça pourrait être pire.

On inventera un jour l’expression « discrimination positive » pour suggérer ce qui aurait pu être mon attitude avec celui qu’on appellera le bon larron. Belle histoire que celle-là !

Mais elle aide à m’évader. Fuir ne m’a pas effleuré l’esprit. Dire qu’un être humain a eu un jour l’idée de la crucifixion, il fallait y penser, l’échec de mon père est dans ce constat, sa créature a inventé de tels supplices…

Je suis né innocent, quelque chose a été gâché, j’ignore comment. Je n’en accuse personne d’autre que moi. Étrange faute que celle que l’on commet vers l’âge de trois ans. S’en accuser augmente la haine de soi, absurdité supplémentaire. Il y a un vice de forme dans la création.

A trente-trois ans, j’ai eu plus que le temps de réfléchir à la scélératesse de cette histoire. En réalité, JE suis responsable du plus grand contresens de l’Histoire, et du plus délétère.

Un bel opus !

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« Le Mal » une nouvelle de Marc Helsmoortel – éditions Muse 2019 – ISBN 9786202294164

« Je me couchais sur le dos, fermant les yeux afin de ne rien voir, livré à mes seules pensées malsaines ; j’avais décidé d’être l’aveugle sans canne ni chien, rongé par ma cécité volontaire ! Je savourais cet état où je n’étais ‘’rien’’, jouissant de ma propre violence. 

Imposer mon pouvoir de vie et de mort sur ceux qui auraient le malheur de me déplaire et pourquoi pas sur ceux qui auraient l’outrecuidance de me plaire… »

Marc Helsmoortel se lance une nouvelle fois dans l’écriture, armé ici d’une plume, d’un bistouri qui deviendra son instrument, l’arme avec laquelle il va disséquer Le Mal qui hante les profondeurs de l’âme humaine.  

Son personnage «  va pouvoir déclarer une guerre à ceux que le hasard et la nécessité de tuer conduiraient un jour ou l’autre dans le bloc opératoire du  Machiavel qu’il va animer. Déjà étudiant, l’homme se faisait la réflexion qu’il n’y avait rien de plus monotone que de réussir une opération, que de se conformer au serment d’Hippocrate qui ferme les portes à toute manifestation criminelle dans l’exercice de la médecine. »

« Mais tuer arbitrairement le premier venu au moyen de mon scalpel manquait à la longue de sel, j’attendais l’aubaine, la belle affaire ! »

Pour ce vassal du mal, déposséder l’épouse infidèle d’un amant mourant, quel geste de grand seigneur !  Pour cet obsédé du « mal »… renouer avec la souffrance, quelle source indicible de joie…

Il recherchait la bestialité à l’état brut !

Quoi de plus sinistre que d’être propulsé dans l’oubli éternel, être exclu à tout jamais de l’humanité… Quelle angoisse pour ce pervers que de s’écraser dans la boue du néant.

La mèche en bataille, la plume guillerette, excité par cette analyse, l’auteur, fidèle à lui-même, plonge dans un de ses endroits favoris pour mieux savourer sa jouissance littéraire. L’endroit est mythique et cossu. Nous pouvions le voir, au gré de nos déambulations sur le boulevard, assis dans cet établissement connu sous le nom Le Balzar qui naît en 1894 entre Sorbonne, Collège de France et les facultés de médecine et de droit. La renommée du lieu n’est pas liée qu’à la cuisine, mais aussi à un personnel de salle entretenant « un rapport très particulier avec les clients, fait d’un mélange précieux de nonchalance, d’ironie et de gentillesse » qui lui donne son âme.

Que rechercher d’autre pour coucher sur le papier un récit si délicieusement diabolique.

Le labyrinthe des os – James Rollins – éditions Fleuve noir – 2019 – ISBN 9782265116702

Dans les montagnes reculées de Croatie, un archéologue fait une découverte étrange : les os d’une femme cachés depuis des millénaires dans une chapelle catholique souterraine.

Il décide alors de repartir et de revenir avec une équipe de spécialistes afin d’élucider ses découvertes.

Six personnages vont alors plonger dans la plus étrange des aventures.

Roland Novak, Croate qui avait grandi à Zagreb (32) expert en histoire de l’art et religieux.

Dr Lena Crandall, généticienne (25) ;

Alex Whrightson, géologue britannique (70)  sociable et extraverti ;

Dr Arnaud Dayne,  paléontologue français au naturel grincheux, toujours mesquin et renfrogné ;

Commandant Henri Gérard  qui fait partie des chasseurs alpins, le bataillon d’élite de l’infanterie française.

Dans le système de cavernes, des peintures primitives élaborées racontent l’histoire d’une immense bataille entre des tribus de Néandertaliens et de sombres créatures. Avant d’avoir pu comprendre qui était ce mystérieux ennemi représenté, l’équipe de recherches est attaquée par un ennemi mystérieux.

Pendant ce temps, à Lawrenceville, Géorgie,

Dr Maria Crandall, arrive devant la porte de l’enclos de Baako situé dans la station expérimentale du Centre national de recherches sur les primates Yerkes au beau milieu d’un parc de 40 hectares de terrain boisé. Le centre était rattaché à l’université Emory d’Atlanta, situé à une cinquante de kilomètres de là.

Au comportement du primate, Maria comprend que Léna, sa sœur jumelle, son binôme, est en danger à des milliers de kilomètres.

Cette nouvelle enquête mènera le commandant Cray Pierce et la Sigma Force dans un passé lointain. Ils devront retracer l’évolution de l’intelligence humaine depuis sa véritable source.  Ils seront plongés dans une bataille cataclysmique pour l’avenir de l’humanité qui s’étend à travers le monde… et au-delà.

James Rollins est un auteur de thrillers de renommée internationale, souvent comparé à Michael Crichton. Spéléologue et plongeur invétéré, il s’inspire de ses aventures personnelles pour écrire ses romans, dont 17 ont déjà paru chez Fleuve Éditions.

Scènes de crime – 200 ans d’histoires et de sciences criminelles – Val Mc Dermid – Éditions Les Arènes – 2019 – ISBN 9782711201204

La justice que nous connaissons aujourd’hui n’a pas toujours fait preuve de discernement. La notion selon laquelle la loi criminelle doit s’appuyer sur des preuves est assez récente.  Cela changea avec la compréhension croissante que la scène de crime contenait toutes sortes d’informations utiles et avec l’apparition de domaines scientifiques permettant d’analyser ces informations et de les présenter au tribunal. La science forensique – c’est-à-dire la recherche d’une preuve légale – était née.

Dans ce récit fouillé, la romancière retrace ici l’histoire de la criminologie, rassemblant toutes les techniques élaborées pour rechercher des preuves, ainsi que les grandes affaires criminelles qui ont été résolues grâce aux experts en criminologie qui allaient aider les tribunaux à transformer les soupçons en certitudes.

Les sciences criminelles n’ont cessé de se développer et de se perfectionner depuis deux cents ans.

L’histoire de cette science forensique, et de ce chemin de la scène de crime au tribunal, a aussi alimenté des milliers de romans policiers.

La vérité est que la science criminelle ne commence qu’avec un système légal fondé sur des preuves.

La scène est le témoin silencieux. Peter Arnold, spécialiste de la scène de crime.

L’une des figures clés dans la compréhension des preuves sur la scène de crime fut le Français Edmond Locard. Après des études de médecine et de droit à Lyon, il créa le premier laboratoire de police technique et scientifique en 1910.

Identifier, collecter et préserver les traces, la technique de  travail fait ses premiers pas.

Mais que tirer d’un incendie criminel ? Les secrets du feu sont souvent détruits avec lui. Et c’est souvent l’une des frustrations des enquêtes sur les incendies.  Reste alors aux enquêteurs la recherche de témoins éventuels. Et tirer le meilleur d’un témoin est un autre art. Reste à harmoniser la complexité.

De la scène de crime, en passant aux enquêtes sur une scène d’incendie, le désir humain de comprendre comment les morts ont rencontré leur destin n’est pas nouveau. Tout remonte à plus de 750 ans, en 1247, quand un officiel chinois appelé Song Ci écrit un premier manuel pour les coroners. Il contenait le premier exemple écrit d’entomologie forensique, l’utilisation de la biologie des insectes dans la résolution d’un crime.   

Pour la première fois, la célèbre romancière Val McDermid nous fait découvrir, chapitre après chapitre, les grandes affaires criminelles qui ont été résolues grâce aux « experts » d’hier et d’aujourd’hui. Elle nous raconte avec brio comment, grâce à la science, les enquêteurs arrivent à retrouver sur une scène de crime des traces qui peuvent devenir des indices, et parfois des preuves.

Médecine légale,  toxicologie,  la recherche d’empreintes digitales, l’anthropologie, la psychologie forensique  tous ces points et bien d’autres seront abordés par l’auteure. En effet, en salle d’audience, lorsque tout sera disséqué, interprété, évalué, dépositions des témoins et des accusés, il faudra aux orateurs un talent unique et expliquer au tribunal cette preuve d’une manière compréhensible pour un jury dépourvu de connaissances préalables.

Un livre d’histoire aussi passionnant et effrayant qu’un polar.

Opération Macron – Éric Stemmelen – Éditions du Cerisier 2019 – ISBN 9782872672189

 « Je suis statisticien de formation : je ne crois donc pas à l’incroyable. Je sais que lorsque l’enchaînement des événements est toujours favorable à la même personne, cela n’est que très rarement l’effet du hasard. Au casino, un joueur chanceux c’est une chose, un tricheur professionnel à la solde d’une bande d’escrocs, c’en est une autre. » Éric Stemmelen

Avec la précision et la minutie d’un horloger, Éric Stemmelen démonte les mécanismes de fabrication de la « créature » nécessaire à ce qu’il nomme un tranquille coup d’Etat.

Il décrypte les mécanismes médiatiques qui ont permis, de 2012 à 2017, l’ascension et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République française. Il explique comment le pouvoir financier, via les journaux et les chaînes d’information qu’il possède, a organisé l’intronisation d’un homme d’Etat à sa solde. Tous ces médias privés sont détenus pour la plupart par une clique de dix milliardaires : Arnault, Berlusconi, Bolloré, Bouygues, Dassault, Drahi, Lagardère, Mohn, Niel et Pinault. Tous ces ploutoctrates ne manqueront pas de s’acharner aussi contre Monsieur et Madame Fillon ; ils se vautreront de façon  unanime dans une énorme campagne apologique et adulatrice d’une indécence rare en faveur d’Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte.

« J’ai suffisamment d’humilité pour ne pas prétendre parler à Dieu ». Emmanuel Macron. La belle laïcité ! Le même se réfugiera plus que de raison dans un verbiage prétentieux et pseudo-philosophique de lycéen en classe terminale qu’il nous tartine quand un sujet l’importune : « Je fais le lien entre la transcendance et l’immanence. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité mais, en même temps, elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète de la matérialité ». Quel fatras ! Quelle boursouflure ! Étalage sans suite de mots ennuyeux qui cachent un vide profond.

De janvier 2012 jusqu’à l’intronisation « jupitérienne » de 2017,  Éric Stemmelen a investigué, fouillé, décortiqué au jour le jour l’ensemble des médias français aux mains de la grande finance. Et sous nos yeux, page après page, se reconstitue le puzzle : comme dans une enquête policière, s’élabore le « storytelling », la merveilleuse ascension inlassablement répétée, mensonge et falsification inclues si nécessaire.
Le pouvoir financier et économique voulait un homme à sa dévotion, les médias à ses ordres l’ont fabriqué. Quid du rôle du dénommé Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée, mais surtout serviteur zélé de la haute bourgeoisie catholique (Bernardins) et transnationale (Aspan), et aussi mentor d’Emmanuel Macron ?

Une préface de Gérard Mordillat ainsi qu’un prologue de François Ruffin mettront vite le lecteur au diapason.

Chronique d’un tranquille coup d’État

Emmanuel Macron est devenu président de la République française à la suite d’un « incroyable concours de circonstances », nous est-il seriné un peu partout. En trois mois, cinq politiciens des plus expérimentés, des lascars de première envergure, ont disparu, éliminés de la course : deux anciens présidents de la République, Sarkozy et Hollande, et trois anciens Premiers ministres, Juppé, Fillon et Valls. Brillant tableau de chasse. Cinq morts violentes dans le milieu, en si peu de temps : le policier le plus obtus se refuserait à admettre un « concours de circonstances ». Un enquêteur, simplement épris de justice, reprendrait patiemment le déroulé des événements et relèverait les indices concordants, le faisceau de présomptions. C’est ce que fait l’auteur. Il livre ici l’état de ses recherches. Il s’agit d’une enquête à charge, il ne s’en cache pas. Pour entendre les arguments de la défense, il suffira d’acheter n’importe quel journal ou d’allumer à n’importe quelle heure son poste de radio ou de télévision.

Le pauvre Jean-Louis Borloo ne sera guère récompensé de ses cajoleries envers cet ovni. Il en exprimera quelque amertume : « C’est le problème d’une monarchie qui a décidé de permettre à ceux qui courent le plus vite de courir plus en plus vite. Cette vision de la société, je la trouve inefficace et dangereuse ».

Meurtre à Raqqa – Yannick Laude – Éditions Albin Michel – 2019 – ISBN 9782226442949


Syrie, été 2013. Deux ans après le début de la guerre civile, al-Baghdadi, le chef de l’Etat islamique, s’autoproclame calife de Raqqa.

Le commissaire Merwan Milet, comme son père et son grand-père est un indécrottable athée. Kurde et pas arabe pour un sou, il est pourtant contraint de faire allégeance au nouveau régime. Communiste désabusé, Merwan intègre les hautes sphères de l’organisation djihadiste par les hasards de sa parentèle.

Il jongle entre Asma, une épouse militante révolutionnaire qui mettra sur pied une capoeira* démocratique, une énigmatique maîtresse voilée et des compatriotes en danger qu’il aide clandestinement au péril de sa vie.

Sefin ! Sefin Hasroumi, vice-recteur de l’université et leader charismatique d’Haqquna, Notre Droit, un mouvement démocratique et laïc issu de la société civile dont sont peu ou prou issus les brigadistes révolutionnaires, serait-il l’homme à enfermer ? Lui, un proche ami de Asma…

Le meurtre d’une prostituée va mener Merwan dans de biens sombres méandres de la vie secrète de Raqqa.

Avec un art consommé de la feinte, il va tenter, au péril de sa vie, de rouler dans le boulgour les suppôts d’al-Bagdhadi pour épargner ses compatriotes, protéger sa famille et venir en aide à une mystérieuse Française venue à Raqqa en quête d’un mari enrôlé dans le djihad…

Dans cette enquête haletante aux multiples rebondissements, Yannick Laude, tout comme son commissaire Milet qui, contre vents et marées, jamais ne se départit de son humour noir, nous font pénétrer dans les coulisses de Daesh, au cœur des luttes intestines, des trafics sordides et de la guerre de l’ombre que livre l’organisation aux factions de tous bords pour imposer sa loi et semer le chaos.

* La Capoeira est à l’origine un sport de combat des esclaves sud-américains. Importée dans les camps palestiniens par les ONG brésiliennes pour distraire les enfants, devenue musicale, s’apparente davantage aujourd’hui à une danse rythmique qu’à un exercice guerrier.

Un récit qui nous couvre de cette poussière des bombardements, des sifflements de bombes et de la terreur vécue par ces habitants coincés dans ces zones de combats. Surprenant !

Les Disparus de la Lagune – Donna Leon – Éditions Calmann Lévy – 2018 – ISBN 9782702163252

Le commissaire Guido Brunetti se sentait de plus en plus oppressé. Antonio Ruggieri, l’homme assis en face de lui, un avocat de quarante-deux ans, fils d’un des notaires les plus connus – et donc les plus puissants – de Venise, avait été convoqué à la questure ce matin-là à la suite de la déposition de deux témoins l’ayant vu proposer des cachets à une jeune fille lors d’une soirée privée organisée l’avant-veille dans une villa.

Brunetti et Pucetti avaient appris une heure plus tôt que la jeune fille venait de mourir à l’hôpital. La présence d’ecstasy dans son sang n’avait rien arrangé.

Lorsque Brunetti entendit l’âpre grincement de la chaise de Pucetti contre le sol du ciment de la salle d’interrogatoire et que, du coin de l’œil, il vit son adjoint qui s’apprêtait à se lever… le cœur de Brunetti fut saisi de crainte à  l’idée des conséquences de la réaction de son adjoint. Il leva brusquement son bras gauche et émit un grognement sourd, qui se métamorphosa en une plainte lancinante allant crescendo, comme sous l’effet de la douleur. Il chancela en haletant et poussa des gémissements torturés.

Sur recommandation de la dottoressa Sanmartini, il décide de prendre du recul et de faire une retraite en solitaire dans une magnifique villa de l’île de Sant’Erasmo.

Guido commence enfin à se relaxer en accompagnant  Davide Casati, le gardien de la villa où il réside et devient son partenaire d’aviron pour le longues escapades dans les canaux de la lagune : les oiseaux gazouillaient, ses journées d’aviron avaient assez d’effets sur sa musculature et son esprit, sans parler de son immense soulagement d’être libéré de la ville et des gens, ainsi que de leurs bruits et de leurs exigences.

Un après-midi, le gardien, parti seul sur la lagune, disparaît au cours d’un orage violent. Personne, pas même la femme qu’il rencontrait le soir en secret, ne sait où il se trouve. Brunetti prend aussitôt l’affaire en main, ignorant que son enquête va le mener à rouvrir d’anciennes blessures et à révéler des secrets scandaleux dissimulés depuis des années dans les brumes de la lagune.

Née dans le New Jersey, Donna Leon vit depuis plus de trente ans à Venise, ville où se situent toutes ses intrigues. Les enquêtes du commissaire Brunetti ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde et ont toutes été publiées en France aux éditions Calmann-Lévy. Une fois encore, Donna Leon nous offre une écriture intéressante et très spontanée. C’est avec un art consommé que son personnage principal mène toujours son jeu tel un joueur d’échec passé maître en la matière.