Miradie – Anne-Frédérique Rochat – Luce Wilquin éditions – 2018 – ISBN 9782882535481

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D’entrée de jeu nous découvrons une écriture fluide, minutieuse, à la loupe…

Sa peau, jour après jour, semblait s’affiner, et la chair de poule beaucoup plus facilement lui venait, c’était ce qu’elle avait remarqué. Elle caressa son ventre et fut surprise, encore une fois, par la douceur de son épiderme. De la soie. Ce qui n’était pas désagréable (bien au contraire), mais n’était-ce pas un peu inquiétant de perdre ainsi, très discrètement, nuit après nuit, des minuscules particules de chair, des petits bouts de soi ? Elle se leva, s’agenouilla au pied du lit et scruta les draps : rien, aucune trace de ce dénuement. Probablement que ce qu’elle perdait (laissait ?) était invisible à l’œil nu. Elle alla s’habiller et s’ordonna de prendre rendez-vous chez un médecin pour s’assurer que ce curieux phénomène n’était pas le symptôme d’une maladie grave, voire mortelle.

Comme la présentation faite par l’éditeur plante directement le décor, le lecteur se retrouve vite emporté dans une délicieuse atmosphère. En effet, Miradie a la curieuse sensation que sa peau s’affine durant la nuit, qu’elle en égare des minuscules particules, des tout petits bouts, mais pourquoi ne trouve-t-elle jamais, en s’agenouillant au pied de son lit et en scrutant ses draps, de preuves concrètes de ce dénuement ? Où disparaissent les morceaux de chair qu’elle a l’impression de perdre ?

Réceptionniste dans un hôtel trois-étoiles décati, Miradie tente, tant bien que mal, de répondre au téléphone, aux mails et aux mécontents avec le sourire, un sourire accueillant et naturel, mais parfois, en traversant le grand parc pour rentrer chez elle, elle a envie de crier, et elle crie, si la nuit est tombée et que personne ne se balade à proximité.

Il y a Patrice, surnommé Patou, qu’elle a connu au jardin d’enfants.

Mais Miradie est en quête de l’âme sœur et elle trouvera en Benoit, arachnophobe, le confident attendu.

Il y a aussi la tante Sylvanna, croassant comme une corneille tout en plainte, tout en reproches, agaçante. Bougonnant sans cesse. La vieille est comme ces volatiles, toujours l’air en colère, ou mécontents.

Un voyage de mille pas commence toujours par un pas, si petit soit-il.

Chemin faisant, un surprenant conte initiatique et poétique prend son envol, mettant en exergue l’absurdité et l’étrangeté d’une vie ordinaire, d’une personne ordinaire, posée là à tous vents, frissonnant comme un oiseau sur la margelle d’une vie monotone, sans relief, qui pourrait appartenir au quotidien de tout un chacun.

 

La comédienne suisse Anne-Frédérique Rochat, signe avec Miradie son septième roman.

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Le miroir des âmes – Nicolas Feuz -Slatkine & Cie éditions – 2018 – ISBN 9782889441006

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En deux mots :

Le procureur Jemsen se réveille dans une chambre d’hôpital.

« C’est moi, Flavie Keller, votre greffière »…

Il ne se souvenait plus de cette greffière, il ne se souvenait de rien, ni de personne. Il ne savait pas qui il était.

De l’explosion dont il a réchappé à la fête des vendanges de Neuchâtel, il ne lui reste que des bribes de souvenirs, la terrasse d’un café, des visages souriants. Les inspecteurs Mollier et Kramer se lancent alors dans la traque du Vénitien, un tueur impitoyable qui sème la mort sur son passage.

Kramer n’aimait pas Jemsen et ne s’en était jamais caché. Le proc avait bousillé trop d’enquêtes par son incompétence et ses retards. Il représentait pour le commissaire tout ce qu’un mauvais magistrat instructeur peut acculer d’écueils, un frein permanant au travail de police.

Et Kramer, comme beaucoup, attendait que les autorités de surveillance assument leur rôle en destituant Jemsen.

 

Un attentat sans commanditaire.

Des meurtres sans mobile apparent.

Dans ce polar essouflant, l’auteur fait endosser à son personnage principal la robe d’un magistrat qui pourrait être son double si tout n’était précisément double et trouble dans ce Miroir des âmes : les flics, les filles, les politiques, les juges et jusqu’à ce mystérieux tueur en série que la police a surnommé Le Vénitien parce qu’il coule du verre de Murano dans la gorge de ses victimes. Le style est au couteau, l’efficacité radicale. Implacable et précis, comme un détonateur.

L’auteur, Nicolas Feuz est à son affaire, il est procureur du Canton de Neuchâtel.  Depuis plus de 16 ans, il s’est spécialisé dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. En 2010, il s’est lancé dans l’écriture de romans noirs, mêlant librement réalité du terrain et fictions obscures. Il est l’auteur de sept polars publiés à compte d’auteur. Son dernier roman Horrora borealis (octobre 2016) sera publié au Livre de Poche au même office que Les Miroir des âmes.

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Un tueur en héritage – Gilles Delmotte – Pavillon noir – Corsaire éditions – 2018 – ISBN 9782367990408

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Vétéran d’Afghanistan ayant ouvert son cabinet de droit en Floride, Edgar est contacté par Mitt Douglass, un patron de l’industrie de l’armement sur son lit de mort, pour protéger Lara Larden, une orpheline d’un pensionnat californien. Mais les membres de la firme cherchent à éliminer l’adolescente, qu’ils suspectent d’être un piège de leur ex-associé.

Un long frisson parcourt le récit.

Des personnages mystérieux parfois sophistiqués, quelques tueurs…

Quand une fenêtre, une porte claquent, ça pourrait être le fruit du hasard, estimons alors la probabilité d’une telle hypothèse…

Dans un cas précis, aucun élément ne viendra aggraver la situation du personnage que nous observons dans ses faits et gestes… et pourtant…

Dans le cas contraire, l’auteur attisera notre impatience avec un autre scénario qui prendra peu à peu réalité.

Les chasseurs de cette chasse se chargent de faire un grand ménage, n’hésitant pas à investir des moyens colossaux… suffisamment pour supprimer des témoins gênants.

L’éditeur nous décrit quatre milliardaires décrépits, un soldat viré, une orpheline gâtée, il n’avait pas fallu longtemps à Edgar pour comprendre qu’il s’était fait piéger. Fouiner dans les secrets des milliardaires ne pouvait que mal finir. Il ne manquait qu’un hacker prétentieux, un général zélé et un agent dégradé du FBI pour l’entraîner plus profondément dans cet enfer. À bien y réfléchir, se terrer dans un village abandonné n’était pas une si bonne idée…

Sur leur déclin, les hommes qui le traquent s’acharnent à récupérer leur secret volé. Mais celui-ci dévoile bientôt les fractures du passé qui les font trembler. Les contours de la vérité se dessinent dans les flammes de leur colère, ou n’est-ce qu’une nouvelle trahison qui finira par les perdre tous ?

Né en 1970, Gilles Delmotte vit au Moyen-Orient où il est pilote de ligne. Sa passion pour l’aviation lui a fait parcourir le monde. Au travers de ses voyages dans ces horizons lointains, il a entretenu son intérêt pour la photographie et la littérature. Avec son thriller Nom de code, il nous fait pénétrer dans l’univers terrifiant du pouvoir et de l’industrie militaire américaine.

Causeries avec… Marc Quaghebeur

Marc Quaghebeur est un écrivain et poète belge de langue française, ainsi qu’un critique et essayiste dont le travail concerne essentiellement les Francophonies, et particulièrement la Belgique et l’Afrique centrale, ainsi que les rapports entre l’Esthétique et l’Histoire.

Marc Quaghebeur reçoit, pour son ouvrage Histoire, Forme et Sens en Littérature, le prix de l’Académie des Littératures 1900- 1970, le 25 septembre à l’hôtel littéraire Le Swann
15, rue de Constantinople
75008 Paris