EUROPE – RUSSIE – 11 questions +1 – Didier REYNDERS répond à Jacques BREDAEL – Editons du CEP – NOVEMBRE 2015

reynders-europe-russie.jpgIl y a quelques dizaines d’années, la composition de ce qui se trouvait de l’autre côté du Mur de Berlin était peu expliquée et, en caricaturant quelque peu, les jeunes étudiants avaient probablement beaucoup plus lu les aventures de Tintin écrites par Hergé que des ouvrages de l’époque sur les Balkans et sur l’Europe orientale. Si on leur avait demandé – et à beaucoup d’autres personnes – quel est le vrai pays entre la Bordurie, la Moldavie et la Syldavie, beaucoup auraient hésité…

A l’époque, nous conte Reynders, on regardait la finale du championnat du monde de Hockey sur glace, avec ce qu’on croyait être les Comptes Chèques Postaux « CCCP », en réalité l’équipe de l’Union des républiques socialistes soviétiques, et de l’autre côté, la Tchécoslovaquie. Un des deux finalistes est membre aujourd’hui de l’Union européenne, à travers deux pays déparés, mais l’autre a implosé en un grand nombre de républiques…

C’était de l’autre côté du Mur…

Didier Reynders, en fin observateur, est convaincu, et il l’utilise ailleurs dans le monde, notamment dans le cadre de la lutte contre le radicalisme et l’extrémisme, de cette idée qui heurte parfois en Europe, que : « Nous n’avons pas de leçon à donner. Une des erreurs faites par beaucoup d’Européens est de s’ériger en donneurs de leçons. En fait, on peut partager une expérience. Nous avons en effet, fait pire sur le continent européen que ce que l’on fait partout dans le monde. Beaucoup ont oublié les Guerres de Religions, deux guerres mondiales, et en termes de génocide, la Shoah… ».

Parler de la Pologne, de la Russie, de l’Ukraine et de la Crimée… c’est découvrir un maelstrom de langues, de peuples et des sensibilités très différentes… Et surtout le fil de l’Histoire avec ses grands Traités…

Didier Reynders se fait le chantre que l’Union Européenne constitue bel et bien un exemple d’intégration régionale réussie qui pourrait inspirer d’autres régions du globe. Pour lui, il est clair que c’est la pacification durable des relations entre les Etats membres de l’UE. Et… si ce n’est pas simple de vivre en bonne entente avec ses voisins… les Européens sont parvenus à s’accorder sur un socle de règles et de valeurs communes.

Or, il y a un homme aujourd’hui à Moscou qui a une autorité forte et qui a centralisé beaucoup de pouvoir…

11 questions + 1.

 

Faut-il chatouiller l’ours russe ?
A partir de quand donne-t-on une autonomie suffisante pour qu’on ait envie de vivre ensemble ?
Les Ukrainiens vont devoir se poser la question : à partir de quand, en Crimée, ou dans l’Est de l’Ukraine, va-t-on considérer qu’on est suffisamment autonome pour gérer un certain nombre de choses ensemble, tout en faisant partie d’un ensemble qui s’appelle l’Ukraine ?

Didiers Reynders, juriste de formation, est Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères au gouvernement fédéral belge depuis décembre 2011, après avoir été Ministre des Finances durant 12 ans. Membre du Parti réformateur libéral, il fut, de 2004 à 2011, président du MR (Mouvement réformateur, un cartel politique formé par plusieurs partis belges francophones de droite et centre droit). Il répond dans cet ouvrage aux questions de Jacques Bredael, licencié en philologie romane et ancien journaliste. Cette collection (11 questions + 1) des Editions du CEP fournit les éléments d’information, de connaissance et d’appréciation, nécessaires à l’analyse des grands enjeux actuels. En y répondant, Didier Reynders traite avec clarté toutes les facettes d’une problématique pour en faire ressortir les causes et leurs effets. Les relations Europe – Russie sont loin d’être au même diapason.

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Les Templiers et l’Hôtel-Dieu de Lessines – Roman de Xavier JACQUE – Editions Safran – 189 pages – 2013

Capture les templiers.JPGPoitiers, mai 1307.

Le pape Clément V accueillit avec un sourire bienveillant Jacques de Molay, Grand Maître du Temple. Il lui signifia qu’il souhaitait vivement la relance d’une nouvelle croisade. Le tombeau du Christ restait menacé. De plus, il envisageait la réunion de ces deux Ordres assez semblables, celui des Templiers avec celui des Hospitaliers. Jacques de Molay reprit de vagues arguments pour indiquer au souverain pontife que le moment était mal choisi… Peu à peu, le sourire du pape fit place à un faciès moins aimable… Clément tendit alors l’anneau qu’il portait à la main droite à baiser, ce qui indiquait aussi la fin de l’entretien…en stipulant «n’oubliez pas non plus qu’une protection n’est jamais gratuite… ».

Le Grand Maître sortit de la curie avec un goût amer. Il sentait que les protections s’effilochaient et fut de plus en plus convaincu qu’il fallait agir. Agir pour mettre à l’abri, agir pour enfouir le trésor considérable amassé depuis toutes ces années, pour le bien et la pérennité de l’Ordre.

C’est que l’Ordre des Templiers, après avoir rendu pourtant de fiers services au roi de France, Philippe le Bel, était devenu une sorte de danger dont le souverain voulait se débarrasser. Il craignait en effet que cet ordre ne devienne une milice à la solde du pape.

Nîmes, Juillet 1307.

Jacques de Molay avait désigné Baudouin Dulac pour organiser la résistance, voire la riposte. Baudouin, homme de cinquante ans, impressionnait par sa robustesse, son air affable, ses yeux vifs empreints de bonté et un visage orné d’un collier de barbe qu’il entretenait avec soin, du moins lorsqu’il n’était pas en campagne.
Baudouin embrassa la petite assemblée du regard : douze chevaliers triés sur le volet. Ils avaient le regard franc, l’air soucieux comme l’était Baudouin. « Notre trésor doit être évacué au plus tôt. Je vous propose le plan suivant… ».

Bassilly (Hainaut belge) 31 août 1307.

Aurélien, jeune écuyer achevait sa dure journée de labeur quand un soir, un cavalier grimpa jusque chez lui, chargé d’un pli de son maître Baudouin…

Xavier Jacques soulève la thèse selon laquelle le Trésor des Templiers est caché en tout ou en partie dans le Hainaut belge…pour être ensuite déplacé et dissimulé en l’Hôtel-Dieu de Lessines. Ayant visité ce fabuleux bâtiment, l’épopée prend pour moi une toute autre dimension encore. Avec une plume pleine de panache, l’auteur nous retrace un pan d’histoire qui a le mérite de nous plonger dans une époque où les communautés religieuses, avec leurs mystères et leur emprise prennent un essor extraordinaire.

More – Un « essai – variations » signé Daniel Charneux – Editions M.E.O. – 181 pages – Novembre 2015

more-cover.jpgChronique d’un More annoncé par l’éditeur comme étant l’ouvrage que je me devais de découvrir…

Je salue ainsi Gérard Adam, l’éditeur aux choix courageux. L’homme qui déposa le précieux ouvrage dans ma boite aux lettres a une ligne de conduite hors des modes du temps.

MORE

Fidèle à moi-même je plongeai non pas dans l’archaïque Larousse élémentaire « Copyright 1956 » de l’auteur, mais dans Le Petit Robert des noms propres, imprimé en Italie par La Tipografica Varese à Varese. N° d’éditeur : 101730880 – Dépôt légal : Mai 2011.

Et, en page de gauche numérotée 1558 (23 ans après le décès de More), coincé entre :

Un n.m.pl. MORDVES Etym. En russe Mordvy (sing. Mordval), du votyak murt « homme ». Peuple finno-ougrien d’agriculteurs et de pêcheurs, établi dès le 1er s. dans le bassin de l’Oka.

Et

Un nommé MOREAS (Ioannis Papadiamanttopoulos, dit Jean). Poète français d’origine grecque (Athènes 1856 – Paris 1910),

Je dénichai : MORE (saint Thomas). Homme politique et humaniste…STOP…

Je n’en révèle pas plus…

Chroniqueur et petit-fils du soldat australien W.T. MacKay (1889-1926) je trouvai amusant de découvrir que ce More soit né à Londres en 1478 pour y mourir sur l’échafaud en 1553. Quel rapport… ? Attendez la suite dans le livre de Daniel Charneux, l’auteur de cet essai.

Daniel Charneux, avant d’être le Licencié en philologie romane de l’Université de Liège, est né le 30 novembre 1955 à 17h 21, boulevard Zoé Drion à Charleroi. A la maternité reine Astrid, aujourd’hui détruite, (avis aux éventuels pèlerins…). La naissance a été déclarée le lendemain à 9h 40 par Francine Botte, âgée de 39 ans, accoucheuse, et… attendez – à nouveau – la suite dans le livre de Daniel Charneux, l’auteur de cet essai…variations.

Chelsea, quartier de l’ouest de Londres, sur la Tamise. Au XVIIIe siècle, sa manufacture de porcelaine. Son club de football (que je crois plus contemporain) a remporté la ligue des champions durant la saison 2011-2012 et l’Europa League la saison suivante (2012-2013), ce qui n’avait encore jamais été réalisé par aucun club.

Vous me suivez… ?

Et MORE là-dedans. On y vient…

Dans le quartier il y a la Chelsea Old Church, située à l’angle de Old Church Street et de Cheyne Walk au bord de la Tamise. Or, en 1528, (et on y arrive…) Thomas More fait réaliser…

Vous l’aurez deviné, tout l’intérêt de lire l’essai de Daniel Charneux, sera de découvrir les variations où sujet, temps, rencontres et découvertes seront passées à l’étamine pour ne laisser filtrer qu’un récit riche en circonvolutions…

Evidemment, votre serviteur s’est régalé de cette découverte d’autant q’une Anne MORElli (citée page 37) aurait sans doute aimé partager ma chronique sur un sujet aussi passionnant.

Tout au long du récit, me revient sans cesse la musique du générique du célèbre feuilleton télévisé « Le Saint » dont le héros, Simon Templar, était incarné par un certain Roger Moore… une variante fréquente de certains descendants de notre Thomas.

Le Givre et la Cendre – Jasna Samic – Editions M.E.O – 280 pages – 1décembre 2015

le givre et la cendre 001.jpgUne lancinante nostalgie berce les trois journaux de ce récit.
De Paris à Sarajevo, l’auteure module son roman de souvenirs, de rencontres et de recherche d’un monde inaccessible, d’un pays imaginaire.
La nostalgie d’un peuple, d’une élite ou d’un enfant font que chaque jour qui passe est l’attente d’un rêve, de la venue d’un parent pourtant défunt, de la visite improbable ami… disparu à jamais.
Si une feuille d’automne marque le temps d’une valse lente, un souvenir ancien transformera le mouvement en faux de la mort. Comment ne pas croire qu’un seul pas, nous sépare de la mort ? Un pas auquel nous échappons sans cesse. Ödon Von Horvath n’étant pourtant pas le seul à souffrir de la chute d’une branche d’arbre, ce fait divers marqua à jamais le narrateur.
La mémoire collective est ainsi nourrie d’une mélancolie qui puise ses racines dans un terreau de culture multiconfessionnel. Comment dès lors harmoniser l’inconciliable quand les inégalités se côtoient ?
Lorsqu’une femme se met à défendre son peuple, c’est que la vieillesse frappe à sa porte…
Ce discours nous en dit long sur une sorte d’aveuglement.
L’extraordinaire richesse du récit nous enseigne combien sera difficile toute intégration dans une autre société construite, elle, sur la recherche d’un meilleur futur.

De Paris à Sarajevo, Quelques décennies défilent… La Yougoslavie a éclaté…

Et parmi ses intellectuels… rien ne présageait que sommeillaient – parmi eux – des criminels en puissance.

Trois journaux intimes.
Des époques différentes.
Le roman de Jasna Samic nous plonge dans une époque trouble qui va secouer les Balkans.

Valets de nuit – Corinne Hoex – Editions Les Impressions Nouvelles – 153 pages – Novembre 2015

valetsdenuit.jpg« Jaquette rouge. Epaulettes frangées. Brandebourgs dorés. Hautes bottes écarlates…

Il en a de bonnes, ce Herbert ! Vraiment, il ne doute de rien. Le monde est à ses pieds ! Ses désirs sont des ordres…

Mais oui, Herbert, bien sûr ! Il n’y a qu’à demander. Je me traînerai en dodelinant…Je me hisserai, grasse et luisante… ». (Le dresseur d’otaries – Valets de nuit – page… 69)

 

Je ne voyais plus rien, J’étais retranchée du monde. Et j’aimais beaucoup l’odeur du savon sur ses mains humides… Et, s’avançant vers moi dans son cache-sexe moulant : …

J’ai aussitôt craint pour mon rêve dont la bonne chaleur risquait de s’évanouir. Je me posai sur lui,… je grimpais sous sa chemise, je le grignotais. « Attendez que je vous attrape, Madame ! Vous en aurez de la crème !
Et, d’une main preste, farfouilleuse, il s’en prend à mes dessous, m’arrache les bas, taillade ma guêpière, écorche, écartèle jusqu’à l’ultime ruban de mon intime lingerie.

Les Lettres belges s’émoustillent… « Monsieur à la migraine » de Valérie C., « Je ne te mangerai pas tout de suite » d’Emmanuèle S., « La femme défaite » d’Edith S. S’en suit ce brick traversant les flots sensuels des rêves les plus audacieux. Arche de Noé peuplée des plus vaillants mâles aux ailes d’anges, ils se glissent dans les plis d’une soutane, sous le képi d’un gardien de musée. Le géographe, compas brandi, sculpteur au burin rougeoyant, du vigile à l’explorateur, du bourreau au croustillant plagiste, tous hantent les rêves d’une belle frémissante à l’idée de sentir le râteau du jardinier lui ratisser la plus infime parcelle ondoyant dans son petit jardin…

Corinne Hoex fait rêver cette femme…

Facteur, aviateur, boucher, explorateur, sont les « Valets de nuit »… qui surfent sur les nuages de rêves sablonneux… Tous glissent, tous se meuvent en amants imaginaires, laissant à la nymphe le plaisir de les sculpter, de les croquer ou de tout simplement se laisser regarder…

Monsieur De – Jean-Philippe de Vogelaere – Les Editions du CEP – 239 pages – Octobre 2015

Monsieur De.jpgUne claque de l’esprit, voilà ce dont j’ai sans doute le plus besoin pour couvrir le bruit de la moissonneuse afin d’aller à la rencontre de ce « de » dont je ressens les vibrations me nouer l’estomac. De la moissonneuse que j’entends au loin quadriller un champ de blé, je vois s’élever la poussière de paille en volutes frivoles et je sens l’odeur chaude et humide…
Des mois, des années, des siècles que je me cloître dans cette obsession…mille et un souvenirs s’entrechoquent et m’embrasent… Quand un appel pressant de mon for intérieur m’avait exhorté à faire le tri.
Est-ce que c’est parce que mes jumeaux, Simon et Amand, sont aujourd’hui grands ? Est-ce un besoin que je ressens de leur laisser quelques idées en héritage ? En ont-ils besoin ? Ils vont avoir vingt-sept ans et ils sont lancés dans la vie, tous les deux comme tailleurs. Simon, tailleur-élagueur et Amand, tailleur pour hommes et dames. Habiller la nature ou l’homme, n’est-ce pas là le fondement de vie de toute personne qui se respecte ?
Je me sens apte à manier une de ces gabares de l’esprit pour remonter le fleuve de mes souvenirs… Reste à comprendre le propos de ce besoin subit d’écrire… Voulais-je à présent inverser le cours de mon histoire, pour bien démontrer qu’il ne suffit pas de se montrer, de se pavaner pour devenir enfin celui qu’on n’a jamais désiré devenir. Même dans mes yeux d’une femme.
De cette femme dont j’avais affronté le regard comme on pose ses mains sur un galet en sachant que c’est de celui-là précisément que l’on va tirer les meilleurs ricochets…
Louis Lasserre était effectivement le prénom et le nom qui me distinguait de mon père… A ce père qui disait sans cesse à ma mère en me taquinant du coin de l’œil : « Lui la serre et il la serre bien ! » pendant que ma mère répliquait invariablement « Oh mais arrête avec tes cochonneries… Je parie que tu l’as fait exprès de l’appeler Louis !»
L.L. Ces deux initiales que même ma mère utilisait pourtant depuis longtemps, comme j’avais pu le découvrir dans un petit album de photos. L.L. devant la fontaine, L.L. dans la rivière… Je voyais ma vie s’étaler en L.L.
Cinquante, cinquante. L.L. en chiffres latins.
Jusqu’à ce qu’un soir, je crus entendre de la bouche de Mariette qu’elle répondait « cinquante, cinquante » au gros Jean qui lui demandait si j’étais bien… Si j’étais bien quoi ?

La vie tient parfois à des initiales auxquelles on s’accroche pour mieux les faire vivre. Après un détour par la police militaire – les MP, j’avais décidé de quitter la Marne pour le Périgord, de M en P, afin de policer ma vie… Et de créer une petite agence immobilière, baptisée bien évidemment L.L. avec ce slogan « Cinquante pour cent de plaisir pour vous, cinquante pour cent de plaisir pour eux et cent pour cent de plaisir pour moi. »
De ces initiales d’enfance, j’étais passé à celles du monde adulte.
De Martine Laguillon qui m’étouffait de ses seins plantureux, à Chantal Feytout s’accrochant invariablement à une rambarde pour jouer balançoire avec mon sexe…Ce monde en définitive, n’était qu’un grand bordel où le plaisir, n’en déplaise au cilice de quelques moines, était la seule liberté que l’on pouvait s’attribuer sans grand tourment.
De Louis Lourdois en Louis Lumière, en passant par Louis Lubrique et Louis Lasserre bien entendu, je savais bien que je n’étais qu’une poussière dans le grand cheminement du monde, mais mes initiales prenaient ici un sens, une vigueur digne de celle de ces noyers qui, de leurs ombres, façonnaient les routes de campagne.
De ce bruit de la moissonneuse que je vois à présent émerger des arbres, je peux évaluer le temps qu’il lui reste pour terminer son office…
Qui étais-je vraiment ? Il me restait à découvrir une certaine forme de vérité. De cette vérité qui rend la vie parfois plus acceptable.

L’auteur use subtilement de la musique nonchalante, lancinante de la moissonneuse. De ce chant de l’angélus à cette agitation du temps qui nous dépasse, il marque son personnage de ce fer rouge de la destinée, de ses doutes assumés, de ces détails qui, assemblés, forment une vérité.
Jean-Philippe de Vogelaere, J-P.V., est loin de vouloir nous débiter des coquecigrues, ou nous divertir par des calembredaines. A l’image de ce bruit de moissonneuse dont il nous parle depuis qu’il a entrepris l’hasardeuse entreprise de raconter l’essentiel de la vie de L.L., il nous fait comprendre qu’il s’agissait plutôt du bruit de… Mais découvrez plutôt par la lecture la saveur de cette écriture… Car en auteur futé, Jean-Philippe de Vogelaere garde pour la fin ce dont j’ai grand plaisir à ne point vous parler.

La Femme Défaite – Edith SOONCKINDT – Editions éléments de langage – 124 pages – Décembre 2015

9782930710082,0-3112764 - Copie.jpgA Varsovie dans le ghetto, elle était la belle Juive… Un couteau pour découper le cœur de la nuit.

Des cheveux de feu…mais un cœur, froid.

Ou serait-ce un rêve, le rêve d’Amazabia ? Le pays de ces hommes droits… On dit que c’est une ville blanche où il n’y a pas de pluie. On dit qu’il y a des palmiers, des parfums d’épices… la plage, son sable mouillé.

Bruxelles, New York, Londres, Paris…Berlin.

Dans le désert les mains tous les corps, c’est l’existence entière qui est moite…

Ailleurs, il y avait de la musique à l’arrivée… et aussi des odeurs suffocantes.

Semeuse de baisers, femme défaite. Senteurs des figuiers… Odeur de jasmin.

J’accepte toujours de suivre les hommes.

-Vous n’en aimez aucun, c’est facile quand on s’appelle Zara.

Mon nom sur toutes les lèvres, des hommes d’Amazabia. Jusque dans leur sommeil sans doute.

– Je suis l’Australien monté à Berlin, j’ai cherché votre odeur, sur toutes les autres femmes.

A Bruxelles…ce volet ! Vous vendez des livres…

-Je ne vends des livres que pour cela, pouvoir baisser ce volet bleu fané le soir et que vous…

Désirer, savoir attendre, être cet inconnu de New York figé comme éternellement derrière la vitre d’un bar enfumé…
Cet homme qui se caresse pour vous devant un canal d’Amsterdam un soir.

Elle a l’illusion d’être cire… elle est glaciale.

Il a l’assurance d’être cierge…et chaleur

Le sable du désert résonne des battements de son cœur…ce cœur éparpillé, dans les graines de sable.

La belle se veut désirable, se mire.
A travers le miroir sans teint l’homme sent la chaleur du sable sous ses pieds…Cette chaleur qui…

Je remercie Edith pour ce texte tout en pudeur…
J’entends encore les tremolos dans la voix de Jack Keguenne.
A côté de moi, un homme transi glisse les doigts sur la tranche du livre. Merci à Nicolas Chieusse l’éditeur pour ce bel ouvrage.