(2) Esthétique Imaginiste – Richard Miller – Les Editions du CEP – 149 pages – Octobre 2015

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Lettre à Richard Miller

Cher Monsieur Miller,

Me voilà donc avec en mes mains, « Esthétique Imaginiste », dans le but de poser quelques mots par rapport à ma lecture de « Protohistoire de l’Imaginisme » la seconde partie de votre ouvrage, et ce en toute liberté.

Avant d’en parler pleinement, de plonger au plus profond de la beauté ou plutôt des questionnements avec lesquels on peut jouer; permettez-moi de vous offrir quelques notes sur le contexte de lecture, sur le lien m’unissant à votre texte; car pour moi, avant même d’en toucher la couverture, nous avons une histoire, un rapport particulier avec les livres.

Pour essayer de faire court et précis, il y a quelques jours Willy Lefèvre m’a appelé, me parlant avec de forts jolis mots de votre ouvrage, évoquant sa densité, sa plongée au cœur de questions touchant bien des sujets; et directement il m’a proposé de lire la seconde partie de celui-ci et de livrer une chronique sur cette lecture.

Ces quelques cinquante pages lues sont une réelle promenade, une sorte de divagation et de questionnement permanent qui nous fait glisser d’un sujet vers un autre, tout en restant autour de la thématique principale qu’est l‘Imaginisme et cette Protohistoire que vous nous contez avec talent.

Tout d’abord, il y a le style. Le choix de vos mots leur conférant une force et une précision qui prennent tout leur sens lorsque on les propulse à haute voix dans la pièce où l’on vous lit, pour ensuite laisser cela retomber sur nous et en nous; afin que tout cela puisse décanter.

La promenade prend vie avec cette citation de Dostoïevski « La beauté sauvera le monde ».
Dès ce moment-là, le chemin nous emmène en Russie en 1917, en Suède entre 1946 et 1956 et dans bien d’autres lieux où l’Imaginisme a existé au travers de cercles réunissant des artistes dont les noms sont restés dans l’Histoire.

Il y a tout ce cheminement artistique mais à côté de celui-ci, en son cœur même; il y a de grands pans de l’Histoire politique de l’Europe avant même la construction de celle-ci. Là, tout y est clair et dense. Les parenthèses qui s’ouvrent et se referment sont parfaitement maîtrisées. On sent la plume du penseur, du poète, de l’homme politique que vous êtes et c’est fort intéressant pour diverses raisons et notamment parce que ce texte m’a plongé dans une série de réflexions qui se poursuivront bien au-delà de cette lettre-chronique. J’aime les lectures qui nourrissent la personne que je suis; et sur ce point-là votre livre fait mouche avec talent.

Il serait difficile de vouloir faire ressortir l’ensemble des éléments que vous offrez. C’est pour cela que je ne peux que conseiller à toute personne qui, à la lecture de ces lignes, aurait envie de plonger dans les vôtres, d’y aller sans hésiter. Et si une fois les vôtres dévorées et digérées, on souhaite encore une ration; il reste tous les ouvrages desquels vous vous êtes nourris et qui sont très soigneusement indiqués en notes de bas de pages.
C’est ainsi que vous glissez dans vos lignes Proust, D’Outremont, Kant, Joyce et bien d’autres…

Alors, à défaut de tenter de remettre tout « l’étant » même de votre interrogation philosophique dans ces quelques modestes lignes; je vais me permettre de reprendre ces quelques lignes qui ont eu un très fort écho en moi; et pour celles-ci, comme pour l’ensemble de votre très belle causerie je vous remercie.

« Il est essentiel de saisir que ce travail d’imaginisation vaut à tout moment et pour toute personne et pour tout objet; simplement l’habitude du quotidien et de l’endormissement de la vie nous rendent ceci de plus en plus imperceptible. L’habitude anesthésie nos émotions. Ce n’est que dans les circonstances exceptionnelles que l’on est en éveil et que l’on peut en prendre conscience, comme devant un objet nouveau, un spectacle réussi, un paysage magnifique, un vestige immémorial…
p. 35-36

« Une rencontre que l’on fait, une conversation à laquelle on prend part, un évènement qui nous marque, une nouvelle que l’on apprend, la conférence que l’on écoute, une lecture qui modifie notre façon habituelle de « voir les choses »…, tout cela nous transforme, ou à tout le moins, peut nous transformer. C’est pourquoi, dans la vie, les rencontres avec les choses, les lieux, les gens,…, sont essentielles; une « vie bonne » consisterait à pouvoir limiter les rencontres inutiles, mauvaises, et à multiplier au contraire celles qui apportent à notre vie. »
p. 37

François-Xavier Van Caulaert, Chroniqueur associé

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