La Lessive du Mensonge une pièce de Marc Helsmoortel

 

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En ce début d’automne, le Théâtre de la Flûte Enchantée propose pour la cinquième fois une pièce de l’auteur-avocat belge Marc Helsmoortel. Ce cru ci nous plonge au coeur d’une séance de nettoyage  où tout tourne de plus en plus vite.

 

En une heure et dix minutes, le temps réel que dure le programme trente degrés sur ma machine à laver le linge, l’auteur nous fait tourner dans tous les sens en nous emmenant de la salle Pleyel à Paris aux canaux de la Cité des Doges, où, la concertiste Chantal Lechevin est retrouvée au fond d’un canal, coulée dans un bloc de béton après avoir été assassinée. Il nous fait également tourbillonner au coeur d’un paquet de sentiments, de réflexions et de souvenirs.

 
Ils sont trois sur scène; mais jamais en même temps. Ce sont des duos qui s’échangent en renvoyant toujours l’un des trois dans l’ombre. Grâce à une plume très vive et piquante, filant à l’essentiel, l’auteur nous immerge au cœur de l’enquête, ou plutôt de la discussion que se livrent le commissaire campé par Robert Dubois et l’époux de chantal, psychiatre, extrêmement bien joué par Jean-Luc Duray. Et entre ces deux-là, à tour de rôle vient s’installer Chantal.

Dès lors tous les personnages de cette lessive sont là.

 

 

Marc Helsmoortel, avec – je le sens – un plaisir jouissif, nous fait tourner dans tous les sens grâce à tous les liens qu’il prend soin de tisser au sein de ce trio. Très vite on comprend que plus d’une chose les lient entre eux; et c’est le sujet même de la pièce qui nous permet de découvrir cette toile tissée entre ce couple formé par la concertiste et le psychiatre et face à eux, à moins que cela ne soit entre eux, ce commissaire.

 

Marc Helsmoortel a un goût certain pour les procès et les questionnements juridiques; plus que probablement une déformation professionnelle. Mais, je pense qu’il a également un immense goût pour la musique. En effet, dans plusieurs de ses pièces, les personnages sont issus du monde de la musique : cantatrice, clarinettiste, virtuose du piano,…

 

Mais surtout ses pièces sont de réelles partitions où les fausses notes ne semblent pas avoir leur place. Tout se tient, du début à la fin, et emmène ainsi le spectateur au rythme du tonneau de la lessiveuse qui tourne,… vers la Vérité.

 

Puis, il y a le texte qui est une musique à lui seul; par les phrases courtes et tranchées nées de la plume de l’auteur; mais également par les deux voix graves masculines et la voix féminine plus délicate.

Parlons-en d’ailleurs des comédiens. Ils sont tous les trois au diapason dans l’interprétation de la partition de leur personnage. Personnellement, ma préférence va à Jean-Luc Duray pour ce regard jouissif qu’ils nous offre à plusieurs reprises tout au long de la pièce, ainsi que pour sa très belle palette de nuances dans la voix. Et, tant Deborah de Laeken que Robert Dubois sont eux aussi très intéressants à observer. Déborah de Laeken arrive à installer une présence au-delà de sa réelle présence sur scène. Elle est entre ces deux hommes que ce soit physiquement ou en filigrane; et cela est très fort. Marc Dubois quant à lui est très émouvant et juste dans son rôle dont je ne pourrais dire plus sans risquer de lever un peu trop le linge sur cette lessive si particulière.

 
 
Vous l’aurez compris, j’ai vraiment trouvé cette lessive prenante, intéressante, nous faisant tourner dans tous les sens, jusqu’à la vérité qui apparait presque sur la dernière note de la mélodie de la pièce qui a ce souffle si particulier que Maître Helsmoortel détient sur la pointe de sa plume.


François-Xavier Van Caulaert, Chroniqueur associé

 

3154313424.jpgL’auteur, Marc Helsmoortel

 

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Tant qu’il y aura des livres de Guillaume Sautet avec Joël Dicker

 

Ecoutez Joël Dicker au micro de Guillaume Sautet

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Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?

Passé par le cours Florent à Paris, Joël Dicker étudie le droit à Genève. Passionné d’écriture dès son plus jeune âge (il fonde la « Gazette des animaux » à 10 ans), il publie sa première nouvelle à 25 ans. Il reçoit le Prix des écrivains genevois en 2010 pour son premier roman, « Les Derniers jours de nos pères », qui relate l’histoire vraie d’une branche des services secrets britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2012, il est récompensé par le Grand Prix de l’Académie française pour son deuxième roman, « La Vérité sur l’affaire Harry Québert ».

 » ZEN  » Le roman de Maxence Fermine – Editions Michel Lafon – Octobre 2015

 

sans-titre.pngMaxence Fermine vient, à l’heure où les dernières braises du jour allument l’incendie des étoiles, de glisser entre nos mains un récit mêlant la peinture à l’écriture. Ciselant chaque phrase d’une harmonie, d’une simplicité et d’une élégance qui le caractérise et dont il garde bien le secret.

 

De l’aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l’art subtil de la calligraphie.

 

Dans son atelier, la seule musique perceptible est le silence. Véritable écrin pour l’artiste, c’est d’abord un espace de liberté et de création.

 

La suite a peu d’importance. Comment se nouent certains liens ?  Pourquoi, soudain, certaines étreintes surviennent ? Tout cela relève d’une alchimie trop complexe pour tenter d’être expliquée par des mots…

 

Seul le calame de Yuna, la jeune élève de Maître Kuro, nous dévoilera le cœur du récit…

 

Yuna qui attend que la toile du silence se déchire d’elle-même pour demander au calligraphe…

 

Le souffle du lourd pendule vient à nouveau  rythmer la lecture du nouveau roman de Maxence Fermine.

 

Une éternité cadence chaque oscillation.

 

Chaque nouvelle page nous livrant sa pensée la plus secrète…

 

Et Maître Kuro de conclure dans un sourire : « La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence ».

 

Par quel mystère, la présence, la chaleur d’une voix et une fois de plus ce « je ne sais quoi » venu de je ne sais où…

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Nous sommes sans le savoir transporteurs d’infini. Nous sommes de doux cargos fantômes, soutes pleines, perdus au beau milieu d’un océan, cherchant désespérément un port d’attache pour alléger nos coques.

Zoé est un de ces « petits moments », une halte, un quai, comme une brèche laissant passer un filet de lumière, dans le blockhaus des pensées du ‘‘petit homme’’ calibré du haut de son mètre quatre-vingt-cinq…

Dans un coin, un vieux sac postal rempli de lettres amies dont chacune est une île.

Un bureau, vieux cargo soutes pleines, lourde péniche se laissant porter par les courants avec ce doux « vroup vroup », de stylo moteur. Un Waterman, noir pèlerin des pensées ne pouvant que chavirer sur l’encre des incertitudes du sexagénaire, vieux Minotaure, terreur des labyrinthes.

Henry, qui ne s’appelle Henry que pour Zoé, rumine son existence avec la méthodique mastication d’un pachyderme en voie d’extinction. Le temps n’existe plus pour Henry. Il y a un matin, il y a un soir et de très longues nuits secouées par les vents.

Les dix kilomètres de route en lacets qui séparent son fortin du bourg permettent  toujours à Henry de se préparer à affronter l’humain. Dix kilomètres au ralenti c’est une éternité. Il en défile des images, des rencontres. Mais Henry n’est qu’un contemplatif. Un pauvre bougre de rêveur. Un pauvre con qui parle tout seul, le clown de Dieu, et tant mieux s’il fait sourire les anges.

Il n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé l’autre matin lorsqu’il eut l’insolence de désorienter Zoé, la jeune vendeuse de la boulangerie, en choisissant cette fois un pain italien, alors que la main de la jeune fille tâtonnait déjà sur l’étagère la plus haute pour dénicher la sempiternelle miche de toutes ses envies.

« N’oubliez pas que je suis là pour tuer vos habitudes… »

Et Zoé est restée bras ballants, le fixant longtemps, comme choquée, pleine de surprise…

 

Alain Cadéo, souffle sur sa plume,  comme pour animer le silencieux passage des cirrocumulus. Voilà ce qui l’attire, car ses écrivains préférés sont les nuages. Quoi qu’ils écrivent, ils ont toujours la délicatesse de s’effacer, ils passent. Et s’ils étaient la projection de ses pensées les plus secrètes…

« Les mots sont la chair et l’ossature de l’Être ! »

Ce matin-là, Henry va surprendre Zoé en train de trouer avec son index la miche du jour et de glisser un truc dedans.

« Vous lirez ça… Chuut… c’est pour vous… répondez-moi. »

 

  » Zoé  » Le roman signé par Alain Cadéo – Editions Mercure de France

 

 

 

« ZEN » Le nouveau roman de Maxence Fermine édité aux Editions Michel Lafon

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Notre complicité est née de Neige, Amazone, Opium, Le violon noir… tant d’autres et, l’an dernier Le Palais des Ombres.
Maxence Fermine est l’un des rares auteurs pour lequel j’ai eu un vrai plaisir à partager mes émotions avec les lecteurs.
Unique librairie francophone en Flandre à le présenter, tout Knokke-le-Zoute a fait connaitre Maxence Fermine à la Belgique et a trouvé dans ses écrits le « petit présent » qu’il est de bon ton de s’offrir et d’offrir…

A présent « ZEN » !

Aucun mail, aucun envoi sur Internet n’aura jamais le goût d’une lettre… Alain Cadéo dans son roman « Zoé » édité au Mercure de france

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Nous sommes sans le savoir transporteurs d’infini. Nous sommes de doux cargos fantômes, soutes pleines, perdus au beau milieu d’un océan, cherchant désespérément un port d’attache pour alléger nos coques.

Zoé est un de ces « petits moments », une halte, un quai, comme une brèche laissant passer un filet de lumière, dans le blockhaus des pensées du ‘‘petit homme’’ calibré du haut de son mètre quatre-vingt-cinq…

Dans un coin, un vieux sac postal rempli de lettres amies dont chacune est une île.

Un bureau, vieux cargo soutes pleines, lourde péniche se laissant porter par les courants avec ce doux « vroup vroup », de stylo moteur. Un Waterman, noir pèlerin des pensées ne pouvant que chavirer sur l’encre des incertitudes du sexagénaire, vieux Minotaure, terreur des labyrinthes.

Henry, qui ne s’appelle Henry que pour Zoé, rumine son existence avec la méthodique mastication d’un pachyderme en voie d’extinction. Le temps n’existe plus pour Henry. Il y a un matin, il y a un soir et de très longues nuits secouées par les vents.

Les dix kilomètres de route en lacets qui séparent son fortin du bourg permettent  toujours à Henry de se préparer à affronter l’humain. Dix kilomètres au ralenti c’est une éternité. Il en défile des images, des rencontres. Mais Henry n’est qu’un contemplatif. Un pauvre bougre de rêveur. Un pauvre con qui parle tout seul, le clown de Dieu, et tant mieux s’il fait sourire les anges.

Il n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé l’autre matin lorsqu’il eut l’insolence de désorienter Zoé, la jeune vendeuse de la boulangerie, en choisissant cette fois un pain italien, alors que la main de la jeune fille tâtonnait déjà sur l’étagère la plus haute pour dénicher la sempiternelle miche de toutes ses envies.

« N’oubliez pas que je suis là pour tuer vos habitudes… »

Et Zoé est restée bras ballants, le fixant longtemps, comme choquée, pleine de surprise…

 

Alain Cadéo, souffle sur sa plume,  comme pour animer le silencieux passage des cirrocumulus. Voilà ce qui l’attire, car ses écrivains préférés sont les nuages. Quoi qu’ils écrivent, ils ont toujours la délicatesse de s’effacer, ils passent. Et s’ils étaient la projection de ses pensées les plus secrètes…

« Les mots sont la chair et l’ossature de l’Être ! »

Ce matin-là, Henry va surprendre Zoé en train de trouer avec son index la miche du jour et de glisser un truc dedans.

« Vous lirez ça… Chuut… c’est pour vous… répondez-moi. »

« Zen » de Maxence FERMINE

zen.jpegMaxence Fermine offre, après son chef d’œuvre « Neige », une nouvelle remplie d’art et de poésie, une nouvelle qui transporte son lecteur dans l’univers sage et discipliné du Japon ancestral, une nouvelle dont les mots de l’auteur se heurtent à la magie picturale de la calligraphie.

 

Maître Kuro exerce son art seul et s’impose une discipline de fer pour la parfaire depuis des années. La calligraphie, art ancestral Japonais nécessite esprit tranquille et libre, et de suivre la voie du zen pour attendre son paroxysme, Maître Kuro recherche sans cesse cette perfection. Un jour, une jeune femme, Yuna, lui envoie ses propres œuvres artistiques et Maître Kuro décèle rapidement une prodige qui pourrait bien dépasser le maître à moins qu’elle ne l’entraîne dans une passion bouillonnante et dévorante qui mettra à mal son art…

 

L’auteur reprend un style recouru dans « Neige », on  reconnaît le petit format du livre, la couverture épurée et les courts chapitres qui se lisent très vite. Si la lecture d’un chapitre à l’autre peut manquer parfois de fluidité, leurs liens sont indéniables. On a cette impression d’ « Haiku », ces petits poèmes japonais de quelques lignes et mots, même si ici ce sont des paragraphes, car chaque chapitre présente sa propre poésie, le choix des mots est soigné et plein de charme, les thématiques variées ; explication de l’art de la calligraphie, présentation du personnage, description d’une ville, etc… Cela peut paraître décousu et pourtant, c’est subtilement lié. L’auteur apprend à son lecteur tout en lui contant son histoire. Il dresse un parfait tableau du Japon ancestral dans sa discipline et sa croyance, dans sa douceur et sa tranquillité d’esprit. Il sait parfaitement lier la passion d’un art et ses origines, un aspect culturel mené d’une façon pédagogique pour son lectorat, à une passion romantique teintée de magie. Cette romance devra face à une promesse, à un certain mode de vie et au rapport Maître – élève. Ceci est loin d’être acquis et les embûches sont nombreuses. Ainsi, Maître Kuro se voit éveiller à des émotions qu’il pensait à jamais perdues et qui pour lui nuit à son talent, car enfermé dans une promesse, il ne sait comment faire face à cette sensualité qui se dessine entre lui et son élève. Yuna est une jeune femme magnifique qui affronte avec beaucoup de grâce les épreuves physiques et psychologiques du maître pour l’ouvrir vers la voie du Zen. La passion artistique explose mais la passion sensuelle est sous-jacente, intense et tapie dans l’ombre de chaque œuvre calligraphique du couple de protagoniste.

 

En bref, Maxence Fermine fait mouche une nouvelle fois avec un récit initiatique plein de musicalité poétique, il n’atteint certes par la perfection de « Neige » mais il s’en approche. « Zen » est une nouvelle où l’art laisse place à l’amour, c’est très intense et magique !

Quatrième de couverture : « Chaque jour, de l’aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l’art subtil de la calligraphie. Une activité mêlant la peinture à l’écriture dont la frontière est si ténue qu’elle en paraît invisible. » Le jour où la jeune Yuna, une calligraphe prodige, le sollicite pour apprendre à parfaire son art, Maître Kuro hésite. Celle qui se rêve son élève sera-t-elle à la hauteur de ce qu’un tel enseignement exige ? Convaincu par sa sincérité et sa motivation, il fait d’elle sa disciple, lui imposant un quotidien de sacrifices et d’exigence à la recherche de l’harmonie et de l’équilibre parfaits : la voie du zen, clef de la maîtrise de leur art. Mais au fil des saisons, la proximité des deux êtres éveille en eux une sensualité qu’ils n’osent pas s’avouer. DANS UN DÉCOR JAPONAIS, ENTRE SILENCE ET ART DÉLICAT, UNE PASSION IMPOSSIBLE

 

Une chronique  de :https://songesdunewalkyrie.wordpress.com/2015/09/30/zen-de-maxence-fermine/