Elephant Island – Luc baba – Belfond – 2016 – ISBN 9782714459619

C’était une nuit de janvier 1917. J’avais presque sept ans et je voulais monter sur le bateau de Jules, un fou…

J’étais l’enfant explorateur convaincu de dompter les tempêtes… Mais un rêve d’enfant ça n’existe pas, les enfants savent ce qu’ils veulent, c’est tout. Ils savent ce qu’ils sont.

Un fleuve, ça ne raconte rien aux enfants, ça passe comme du temps…Pourtant je ne vois le début de ma vie nulle part ailleurs que dans l’inutilité de ses berges et de ses vagues indolentes.

 « Notre mère, elle nous regardait sans nous voir, en pensant peut-être à son ordre des choses. »

Mon père nous avait quittés en 1914 pour les campagnes de Visé que les Allemands piétinaient en riant, et les rares survivants rampaient sans armes tels des spectres. Mon père leur avait échappé et la seule lettre qu’il nous envoya parlait des boues de l’Yser, où il croupissait.

« – Après la guerre je pourrai l’avoir, sa baïonnette ? »

Mais je ne reçus la semaine suivante qu’une petite boite de fer contenant deux éclats de l’obus qui lui avait fendu le crâne, et une page tachée de boue.

En 1917, après la mort de son père sur le front belge, Louis Daubée,  au début de l’été, le lendemain de ses 7 ans, est envoyé au pensionnat loin de sa mère et de ses frères et sœurs.

Sa sœur Rose et lui pensaient être soustraits à la grande misère et se voyaient confiés aux bienfaiteurs des Institutions. Devenir un fils de la Patrie, un instrument de moralisation qui répandra autour de lui les principes d’ordre et de travail, qu’applaudira depuis là-haut son père défunt.

À l’ombre d’un conflit qui s’éternise, il veut échapper aux mauvais traitements qu’il subit,  fuir le silence, sa laideur…  les cris qui tachent l’air et font pousser des cauchemars. Et les yeux de Rose qui ne portaient plus que la détresse du jour où il avait fallu se séparer.

Il rêve de prendre la mer, quitter ce temple de la discipline et des mauvais traitements.

Comment se construire dans un lieu où les enfants sont livrés à la barbarie des adultes ? Comment rêver un avenir quand la guerre anéantit l’espoir ? Face à la fragilité des siens et à la violence de l’Histoire, Louis, marqué pour la vie entière par une profonde entaille, reste au port à contempler ce bateau qui le fascine et qu’il ne parvient pas à prendre.

Mais le nom d’Elephant Island va résonner à son oreille et l’arracher à son silence…

Né à Liège en 1970, Luc Baba a publié une vingtaine d’ouvrages, du recueil poétique au livre pour enfant. Chanteur et comédien, il a interprété Brassens, Brel et Ferré. Son écriture, il la désire humaniste et discrètement poétique. 

Elephant Island est son quatorzième roman.

Une atmosphère lourde discrètement allégée par la finesse d’une écriture palpitante.

Les fantômes de Théodore – Martine Rouhart – Murmure des soirs éditions – 2020 – ISBN 9782930657608

Théodore, soixante-quatre ans, veuf, s’enferme dans ses pensées, rétif à l’agitation du monde. En dépit de ses efforts, même sa fille Charlie n’arrive pas à le comprendre entièrement et à débusquer les fantômes qui le hantent. Paul, son fils, avocat stagiaire a pour ambition d’être un jour un grand avocat d’affaire. Le genre d’homme qui cultive un réalisme imperturbable.

Quels sont ces fantômes qui poussent Théodore à s’absenter du monde, loin des routes agitées, à s’enfermer dans ses pensées ?

Personne ne le connaît vraiment. Même pas sa fille Charlie, pourtant si proche, qui partage avec lui tous ses dimanches.

Un beau jour d’été égaré du mois d’avril, elle trouve sa porte close. Sans explication.

C’est aujourd’hui que le mot absence a pris pour moi tout son sens. L’absence. Un vide aux contours incertains. Des vagues d’angoisse, sauvages, hésitantes. Pas tout-à-fait une perte ou alors, on ne le sait pas encore.

Théodore a disparu.

Mon frère. Je n’y avais pas songé. Il faut dire que nos relations sont distantes. Entre lui et Papa, le courant des ondes est plutôt chaotique. Une sorte de guérilla souterraine.

L’incommunicabilité, dans notre famille, c’est une histoire complexe… On vit ensemble, on se frôle, on se parle et on s’entend sans s’écouter, bâillonnés de non-dits. Mais n’est-ce pas le cas de beaucoup de famille ?

Nous vivions dans notre famille à la manière de deux clans, isolés sans s’opposer de front, l’un dans les nuages et l’autre les pieds sur terre.

On écrit notre existence à notre insu, jour après jour on l’éparpille autour de soi. Aux autres de savoir lire, de décrypter les messages. Après qu’en reste-t-il ?

Dans une enveloppe bleu pâle, des relevés de compte, assez récents… un avis de débit de cinq cents euros ! Le numéro de compte et le nom du bénéficiaire sont recouverts de feutre noir parfaitement opaque.

Théodore a toujours été ainsi. Des silences qui s’accumulent, pesants, opaques qui nous éloignent… Des dizaines d’épaisseurs de silence qu’il faudra trouer. Il semble alors parti là où il va souvent, ailleurs, loin, comme si tout à coup il oubliait d’être là, devenu nuage.

Théodore.

« L’on n’échappe pas facilement à sa propre histoire ; otage de son passé, on l’emmène partout avec soi quand on voudrait s’en éloigner. »

Le récit de Martine Rouhart surgit du néant, comme tiré d’une autre vie, de la vie funambule, bâtie sur un passé friable. Toute une enfance, une adolescence, toutes ces années avec quelqu’un… que l’on ne connait pas vraiment.

Et pourtant…

Une plume pleine de finesse et de sensibilité !

Martine Rouhart est née à Mons et a mené une carrière de juriste. Romancière, elle publie aussi de la poésie et contribue à diverses revues littéraires. Dans les Fantômes de Théodore, nous retrouvons le personnage obscur et lumineux qui avait su toucher bon nombre de lecteurs de la Solitude des étoiles, roman paru chez le même éditeur en 2017.

Les mots de Russie – Isabelle Bielecki – EME éditions – 2006 – ISBN : 9782930342658

« – Écris, pour que tout cela n’ait pas été en pure perte. Ce serait tout à fait dommage. Où que je sois, dans ce monde-ci ou dans l’autre. C’est ton devoir. Non, elle ne peut pas. Les gens ne doivent pas savoir. Personne ne nous aime. Laisse-moi te persuader de ne pas écrire ce que sait ton papa…

Longtemps j’avais cru que jamais je ne possèderais ni la passion de mon père ni la force de ma mère. Ce sont les mots qui m’ont manqué. J’étais d’une autre langue. Je pensais en français.

Si j’avais écrit, je serais entrée de plein pied dans l’arène. Je le savais. Je le savais. Je me taisais précisément parce que je ne maîtrisais pas leurs mots russes, des mots poignards, dagues et sabres qu’ils maniaient avec une dextérité diabolique.

Des mots qui les laissaient sur le carreau, chaque fois un peu plus meurtris. Mon silence me sauvait déjà.

Et pendant les années d’amnésie qui ont suivi, rien n’a existé, hormis ce combat en moi. Le oui de l’un, le non de l’autre. Oublier ou écrire.

Ma propre vie s’est écoulée sans moi. Ma tête ailleurs.

Quand je me retourne sur cette amnésie, il ne me semble pas qu’elle a été si longue.

Plus d’un quart de siècle pourtant.

En effet, « Tu es née au confluent de deux fleuves, c’est un signe de chance » m’a souvent répété mon père. Et dire que pendant un demi-siècle, tous les gens autour de moi se sont figés à la seule évocation de ce « là-bas !»

Je m’obstinais à vouloir habiller de souvenirs le grand trou de mon passé. Chaque fois, c’était comme si j’essayais de faire des nœuds dans les mots pour les retenir, et qu’ils tombaient dans un no man’s land, quelque part à l’intérieur de mon corps.

Et un jour, après tant de recherches, tant de fouilles dans les archives et dans les souvenirs estompés mes yeux furent attirés par un article qui parlait d’un livre : »Le Siècle des Camps », écrit par Joël Kotek et Pierre Rigoulot.

J’allai à la rencontre de Joël Kotek, et lui racontai…

Je pris mon cahier, je lui citai des mots transcrits phonétiquement, dont je ne comprenais pas la signification…

C’est alors que…

Trente-sept ans après, j’ai osé écrire. »

Point de vente conseillé : https://lalibrairiebelge.be/titre/les-mots-de-russie/

Le Complot des Philosophes – Philippe Raxhon – City éditions – 2020 – ISBN 9782824616582

Laura Zante, jeune chercheuse italienne, découvre un document historique un peu particulier constitué d’un texte en latin classique et d’une traduction française qui date du début du XIXe siècle, que le traducteur a pris soin  de signer : 1810.

Une lettre inédite de Sénèque, un des plus brillants auteurs de l’Antiquité. Fascinant personnage, philosophe stoïcien, homme politique et tragédien romain.

Document dont la fin a été arrachée !

En toute discrétion elle fait appel à François Lapierre, historien et professeur à la Sorbonne.

Celui-ci s’interroge. Quel lien pouvait-il y avoir entre un document de cette nature et un traducteur français de l’époque… napoléonienne !

De Paris à la Sicile, de Dublin à Rome et de Waterloo à Sainte-Hélène, ils tentent ensemble de résoudre ce mystère, face à des forces hostiles prêtes à tout pour récupérer la missive.

« Vous n’allez peut-être pas aimer ce que vous allez découvrir. Et surtout vous allez déchaîner des forces dont vous ne soupçonnez pas l’ampleur… »

Mais ce qui semble n’être qu’un simple travail archéologique va déclencher un engrenage sanglant qu’ils n’auraient jamais pu imaginer.

Les deux historiens deviennent des cibles à abattre et tous ceux qu’ils impliquent dans leurs recherches sont froidement éliminés.

Pourquoi les services secrets et une mystérieuse organisation occulte sont-ils prêts à tout pour mettre la main sur cette découverte ?

L’auteur, professeur à l’Université de Liège où il enseigne l’histoire contemporaine et la critique historique commence ce premier roman par la description d’une scène très bien représentée par le peintre Jacques-Louis David au Petit Palais. Philippe Raxhon décrit avec talent la mort de Sénèque. Laissant la vapeur nous humecter le visage, comme la première enveloppe du linceul qui couvrira le cadavre de l’illustrissime.

L’auteur se nourrit de ses connaissances qui n’ont rien à envier aux maîtres anglo-saxons du genre. Il n’est pas avare non plus de descriptions d’agapes alléchantes…comme par exemple la prestance de l’épaule d’agneau de l’Aveyron des frères Greffeuille, entourée de pousses d’épinard… ou le fumet de son filet de canette, compotée d’oignons et de pêches…le tout accompagné d’un bourgueil Grand-Mont 2012 Domaine de la Chevalerie.

Ne nous égarons pas…

La clé de l’énigme est un incroyable secret, un effrayant complot dissimulé depuis deux millénaires…

Et si tout n’était qu’un mensonge ? Une plume qui va galvaniser toute notre attention !

Gouverner l’imprévisible – Pandémie grippale, SRAS, crises sanitaires – Pr Anne-Claude Crémieux – éditions Lavoisier – 2009 – ISBN 9782743011970

En deux mots, à travers trois grandes crises sanitaires qui ont récemment touché la France, l’auteur s’interroge sur la prévention, l’action et la compréhension des pouvoirs publics. Face à ce genre d’évènements la gestion ne doit pas être mise en cause par les médias, l’imprévisibilité ou l’apaisement de la population.

La table des matières vaut déjà le coup en soi !

Gouverner l’imprévisible
Pandémie grippale, SRAS, crises sanitaires
Anne-Claude Crémieux
Éditions Médicales internationales
Introduction1
Chapitre 1 Leçons de trois crises
  1. Le SRAS ou la crise maîtrisée5
    1.1. Chronologie d’une pandémie5
      1.1.1. Novembre 2002 : le silence5
      1.1.2. Février 2003 : la multiplication des signaux et les fausses pistes6
      1.1.3. Mars 2003 : l’épidémie apparaît en quatre points du globe7
      1.1.4. L’alerte officielle9
      1.1.5. La riposte internationale9
    1.2. La crise10
    1.3. Les ferments de la crise du SRAS canadienne11
      1.3.1. L’absence d’alerte11
      1.3.2. Les hôpitaux débordés et mal préparés12
      1.3.3. L’absence d’équipes de secours13
      1.3.4. Les autorités aveugles14
      1.3.5. L’absence de leadership14
      1.3.6. Vouloir rassurer peut tuer14
    1.4. La crise en France17
      1.4.1. Du 7 au 11 mars : une veille sanitaire mais pas d’alerte17
      1.4.2. 12 mars : la mobilisation17
      1.4.3. Le contrôle de l’épidémie en France18
      1.4.4. Les leçons de la crise en France21
  2. La canicule ou la crise amplifiée23
    2.1. Vendredi 8 août : les autorités sanitaires sur une autre piste23
    2.2. Du 6 au 8 août : il se passe quelque chose d’anormal24
    2.3. L’expertise prise en défaut25
    2.4. Le cloisonnement et l’inertie administrative26
    2.5. Le 9-10 août : l’alerte arrive par les canaux informels27
    2.6. La sous-estimation de la crise28
    2.7. 12 août : la gestion aveugle de la crise30
    2.8. 13 août : les premières estimations des décès31
    2.9. On compte les morts32
    2.10. Le bilan de la catastrophe en France et à l’étranger34
    2.11. Les leçons de la canicule ont-elles été tirées ?35
  3. La pandémie grippale ou la crise annoncée37
    3.1. 12 janvier 2004 : les prémisses37
    3.2. Fin janvier 2004 : l’inquiétude monte38
    3.3. La mobilisation en France40
    3.4. Fin février 2004 : le calme après la tempête43
    3.5. Mi-mars 2004 : l’OMS sonne le tocsin44
    3.6. Octobre 2004 : le plan de lutte contre la pandémie grippale est rendu public en France44
    3.7. Mai 2005 : les médecins font de la science-fiction45
    3.8. Juin 2005 : l’OMS revoit ses prévisions à la baisse46
    3.9. 30 juin 2005 : un exercice gouvernemental instructif47
    3.10. Août 2005 : le tournant politique et médiatique48
    3.11. Octobre 2005 : l’apogée de la crise52
    3.12. La peur de la pandémie humaine : chronique d’une crise annoncée ou d’une crise fabriquée ?55
    3.13. La préparation de la France à une crise sanitaire de très grande ampleur n’a jamais été aussi poussée56
    3.14. Épilogue : la crise de la grippe porcine de 200957
Chapitre 2 Comprendre les crises sanitaires
  1. Comment naît une crise sanitaire : les ferments de la crise61
    1.1. Le caractère inconnu de la menace62
    1.2. L’impression d’inaction des autorités sanitaires ou de sous-évaluation de la gravité du problème64
    1.3. La prise de conscience du public67
  2. Qu’est-ce qui caractérise une situation de crise sanitaire ?67
    2.1. L’effet de surprise67
    2.2. L’erreur d’interprétation des signes d’alerte68
    2.3. L’aveuglement des autorités69
    2.4. L’urgence de la réponse69
  3. Doit-on craindre une augmentation de la fréquence des crises sanitaires ?70
    3.1. Les nouveaux risques infectieux70
    3.2. La diffusion des agents infectieux à travers la planète71
    3.3. La médiatisation instantanée72
  4. Peut-on prévoir les risques sanitaires ?72
  5. Peut-on prévenir les crises sanitaires ?74
  6. Le cas particulier de la grippe aviaire76
Chapitre 3Agir pendant la crise : la chronologie de la crise et le rôle des différents acteurs
  1. Les prodromes de la crise79
    1.1. Les signaux avant-coureurs79
    1.2. Pourquoi ces signaux répétés n’ont pas déclenché d’alerte80
    1.3. Un nouveau défi : mieux détecter les signaux anormaux82
    1.4. Ce qui doit changer83
  2. L’entrée dans la phase d’état de la crise84
    2.1. L’alerte par les canaux informels84
    2.2. Le retard des autorités85
    2.3. Identifier la menace et gérer la crise86
    2.4. Ce qui doit changer : le principe de la séparation de l’alerte et de la gestion des crises86
  3. L’amplification de la crise88
    3.1. Quand se rassurer peut tuer89
    3.2. Les limites des plans de réponses91
    3.3. L’éclatement92
  4. Les moyens de résolution de la crise92
    4.1. Les principes de gestion de la crise92
    4.2. Les autres critères de la réussite : le leader, la capacité à mobiliser les forces d’appoint et à tenir dans la durée95
    4.3. Un exemple de rattrapage réussi96
  5. Le rôle des médias et des experts97
    5.1. Les médias97
    5.2. L’expertise technique97
  6. Rôle des acteurs périphériques : pandémie annoncée et conseils désintéressés de part et d’autre de l’Atlantique98
  7. Après la crise99
  8. Ce qui doit changer : notre façon d’appréhender des crises sanitaires100
Chapitre 4Changer de culture, de fonctionnement et de dimensionnement
  1. Le ministère de la Santé et les crises103
  2. Que nous réserve l’avenir ?107
Conclusion109

La pandémie actuelle de grippe A H1N1 replace le problème des crises sanitaires au coeur de l’actualité en soulevant des interrogations majeures : sommes-nous prêts ? Avons-nous surréagi à une simple épidémie de grippe ? Avons-nous au contraire sous-réagi en laissant se diffuser sur l’ensemble de la planète un virus qui sera à l’origine d’une pandémie grave ? Questions essentielles que pose chaque nouvelle crise sanitaire.

SRAS, canicule, pandémie grippale, les premières crises sanitaires du XXIe siècle ont introduit une nouvelle donne liée à leur rapidité et à leur ampleur. Elles prennent en défaut les scientifiques incapables de les prévoir. Elles désarçonnent les politiques obligés d’agir et de communiquer dans l’incertitude. Au fond, s’il est vrai que «gouverner, c’est prévoir», comment alors «gouverner l’imprévisible» ?

Dans tous les pays, l’attitude des pouvoirs publics est conditionnée par le demier traumatisme vécu : le SRAS au Canada et en Chine, la canicule en France, l’ouragan Katrina aux États-Unis. Pour bien appréhender les mécanismes en jeu, cet ouvrage nous plonge donc au coeur des trois grandes crises sanitaires récentes qui ont ébranlé la France. Des décisions scientifiques et politiques à leur impact médiatique, il nous transporte aux côtés des acteurs du moment et nous donne à vivre, à réfléchir et à comprendre les événements et leurs conséquences en temps réels.

Gouverner l’imprévisible – Pandémie grippale, SRAS, crises sanitaires s’adresse à tous les professionnels du large domaine de la santé, et à toute personne souhaitant savoir comment survient une crise, comment l’analyser et comment mieux y faire face.

Anne-Claude Crémieux, conseillère du ministre de la Santé de janvier 2003 à novembre 2005, est professeur des universités et praticien hospitalier au service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré.

Allô Tom Noti – Entretien avec l’auteur de « Elles m’attendaient… » éditions La Trace – ISBN 9791097515171

Tom Noti

Il vit au creux de montagnes majestueuses qui sont son oxygène.

Il a longtemps refréné son désir d’écrire croyant que la littérature était une affaire de castes.  Passionné de lecture, de cinéma, de basket-ball, c’est en incitant ses fils à vivre leurs rêves que le boomerang des passions intimes lui est revenu en pleine tête. Il s’est donc jeté sur ses pages restées trop blanches, trop longtemps, pour être désormais, l’auteur de plusieurs romans.

Ses histoires racontent les gens qui avancent, vaille que vaille, avec leurs sentiments en bandoulière et les casseroles qu’ils trimballent.

Il pourrait un jour quitter ses montagnes…

Panorama de nos mœurs politiques. Quand les romanciers d’hier chroniquent le monde d’aujourd’hui – Maryan Guisy – éditions Vendémiaire – 2020 – ISBN 9782363583420

Quand j’ai démarré l’ouvrage de Maryan Guisy qui est, écrivons-le en passant, docteur ès lettres, directeur dans la fonction publique territoriale et spécialiste de la littérature du XIXe siècle, je m’attendais à une certaine redondance de ce que beaucoup d’essayistes avaient déjà tenté. Que nenni ! Un rapide coup d’œil en fin d’ouvrage me faisait découvrir la formidable bibliographie complétée de notes explicatives intéressantes.

Ne croyons surtout pas que ce regard est trop franco-français. Je pense, pour ma part, que l’analyse est tout aussi valable pour le reste de monde.

Disons d’emblée que le peuple en général entretient un rapport ambivalent avec la politique. Comme l’écrit l’auteur S’ils ne sont pas nombreux à militer au sein d’un parti et ont en général tendance à se défier des hommes (et des femmes) présents dans la vie publique, ils nourrissent néanmoins une vraie passion pour celle-ci…

Ambitions personnelles, manœuvres électorales, règlements de comptes internes aux partis, suspicion portée sur toute une classe politique du fait des malversations avérées de certains de ses membres, mondanités parisiennes, fascination pour l’homme fort ou providentiel, pour la vie privée des dirigeants aussi, rébellions contre l’arrogance de la caste au pouvoir, contre les taxes, contre la censure, exigence de plus de démocratie, insurrections embrasant la rue, irrépressible voix des foules… Assurément, nous n’avons rien inventé : ce panorama de nos mœurs politiques est trait pour trait celui qu’ont dessiné les écrivains du XIXe siècle qui, dans ce paysage neuf d’une république naissante ont tout décrit de ce qui fait notre actualité.

On se souvient de Lucien Leuwen et d’Eugène de Rastignac, d’Eugène Rougon et de Bel-Ami, mais au-delà de ces figures emblématiques c’est toute la société de leur temps, et tous les rouages de la démocratie représentative que Stendhal, Balzac, Zola ou Maupassant, ces pionniers du roman politique, ont impitoyablement analysés.

Pour qui veut comprendre les mouvements sociaux d’aujourd’hui, le discrédit de la parole publique, les mensonges des uns, la révolte des autres, il n’est que de lire L’Argent ou Le Député d’Arcis…

En deux mots, L’ouvrage est une analyse de la représentation de la politique dans la littérature du XIXe siècle qui se trouve confrontée à la politique française actuelle. Les romans de Victor Hugo, d’Honoré de Balzac et d’Emile Zola sont mis en résonance avec les enjeux sociaux et institutionnels contemporains, comme la crise de la démocratie représentative, les lieux de pouvoirs parisiens et les manifestations.

Fauteuil et boissons fraîches. L’été sera intéressant ! À écouter : https://youtu.be/8kLFmDJRqeg

Lectures d’été. Il était une fois en 2020…




Drôles de mois, drôle d’ambiance, et de nombreux ouvrages aux allures biens différentes.
Il fallait un certain courage pour se plonger dans la lecture de ces quelques livres qui n’arrêtaient pas de vous fixer.
Avec ces chiffres, ces statistiques, ces prévisions, ces recommandations, et tous les développements des nombreuses aberrations de cette crise sanitaire, l’esprit avait de quoi être tourmenté. Que faire pour étouffer tout ce ressac quotidien alors que les experts, souvent en contradiction avec certains niveaux de pouvoir, n’arrêtaient pas de perturber les plus zen d’entre nous.  Et pourtant, une envie de lire pointait le nez à tout bout de champ.
Heureusement, un nom, une couverture, ou une enveloppe livrée par le facteur pouvait changer le cours d’une journée, stopper le temps, vous emporter ou, vous énerver.
 
Le monde à l’envers,  pas tant que cela.
Comme ces racines en ciel déployées dans la nue, CeeJay semble une nouvelle fois grandir lui aussi à l’envers, comme s’il voulait appartenir à l’univers plus qu’à la terre ou la fuir à jamais en s’implantant dans l’azur.  Ses « Arbres de vie »  sont des textes que seule une voix forte peut porter et les infogravures signées du poète sont les fantômes des esprits des ancêtres.  Relié aux éditions Le Coudrier ce carnet de poésie a toute sa place dans la Collection Sortilèges. Au loin, traversant les branches s’agitant comme les baguettes d’un chef d’orchestre, s’élève la voix de  Johnny Hallyday – Noir c’est noir…
Mais,…
– Y a pas de mais, car dans ce Putain de Pays noir, Carine-Laure Desguin, dans son Opscule, nous plonge dans ce Charleroi glauque, où soulards et péquenauds se côtoyent.  Qu’un dealer batte son père avant de prendre la fuite avec une toxicomane, personne n’en a à branler. Un road movie urbain entre défonce, sexe et violence extrême. Fuyons, la gare n’est pas loin !
Tout essoufflé encore, alors que je reprends mes esprits, le cœur toujours en chamade, un écho monte… En face de moi,  André Füzfa.  Secoué par les croisements des aiguillages, l’homme me raconte le parcours de son fils Hugo, un garçon de 10 ans atteint d’une tumeur particulière à l’issue fatale. Malgré les traitements, les kilomètres à parcourir chaque semaine et la lente dégradation de son corps, l’enfant fait preuve d’une acceptation et d’un courage exemplaire. À chaque battement de nos cœurs vaillants – André Füzfa signe son ouvrage aux éditions Weyrich.
 
À chaos, chaos et demiCarine-Laure Desguin, nous offre une cinquantaine de textes poétiques en prose qui bousculent la structure de la phrase et le sens commun des mots. Les dentelles du temps se balancent aux ourlets des nuages et voguent les citrouilles et les crapauds aux sourires de prince charmant. À chaos chaos et demi, autant battre le vent et claquer les eaux des océans, La P’tite Hélène éditions garde le cap, manoeuvrant cette barque de mots vers la ligne blanche de l’horizon.
 
ET… dans la tourmente, tentant de serpenter dans le creux des vagues, de prendre le temps en traître en feignant une étreinte ou une fuite au petit matin, devant la mer blanche et le rythme atonal des vagues,  je me dis qu’il n’est peut-être pas si illusoire de penser décrire ainsi la part d’enfance de l’horizon, doucement écumante et dansante, sans recours aux miracles, à l’éclat, à la durée, à la lourde sagacité de l’homme.
Avec un équipage bien irrégulier, Antoine Wauters fait ramer ses 23 auteurs et auteures. Pauvres 46 mains accrochées au rêve. 23 textes narratifs, poétiques ou réflexifs inspirés par le motif de La ligne blanche, métaphore de l’effacement et de la séparation. Une perche tendue par l’éditeur l’Arbre à paroles.
Une fois pied à terre, c’est bien botté, ou bien chaussé que je compte me ressourcer en prenant le chemin. Celui reliant le Rhin à la Loire, le Saint-Jacques suisse. François De Backer m’y invite en empruntant le GR 55 celui qui débute à Genève. Suivre ainsi les pas des anciens pèlerins helvétiques depuis le lac de Constance. Une occasion de traverser de magnifiques paysages à travers toute la Suisse et de rejoindre Le Puy par un bel itinéraire peur fréquenté. Fidèle à son éditeur Le Livre en papier, cet ancien critique de film et blibliothécaire conte au fil des pages les joies et surprises des chemins… le tout saupoudré de rencontres rares et souvent enrichissantes.
Et le soir, fourbu et heureux, persuadé que l’amour n’existe pas, le jeune homme se réfugie dans la lecture.
En main, Les faux Simenon de Nicolas Marchal paruaux éditions Weyrich.
Là, une jeune femme quitte Lisbonne pour essayer de se reconstruire à Liège, tandis qu’un vieil homme fume sa pipe sur un banc en râlant contre les résultats du Standard.
Après quelques heures, la gorge sèche, le rêve aidant, il compte étancher sa soif dans Le pub d’Enfield Road. Chemin faisant il se souvient…
Qu’en voyage scolaire à Londres avec sa classe de lycée, le professeur Raymond Raymont était aussi franc que rongé de doutes. Cette traversée de la capitale est pour lui l’occasion de réfléchir à sa vie actuelle ainsi qu’à ses expériences passées, quand apparaissent à ses yeux de curieuses similitudes entre les deux périodes. Un ouvrage griffé Les Impressions nouvelles signé par Rossano Rosi.
 
Au pays retrouvons ce galopin de Lorenzo Cecchi, à l’éternelle casquette vissée de traviole sur la tête, dans Protection rapprochée aux éditions Cactus Inébranlable, ce recueil de nouvelles à l’humour caustique et noir dont les personnages principaux sont des abîmés de la vie. Parmi eux, une enseignante qui se met à souffrir d’un étrange mal suite à un harcèlement, un avocat qui accepte un marchandage qui le rend boiteux et un manager licencié par son employé.
L’auteur a laissé libre cours à son éternelle imagination grouillante. Je suis du même avis que son éditeur !
 
Surgit alors le surprenant Falciato l’Opuscule de Stéphane Maton-Vann.
Bon, D’accord convenons-en, difficile de juger en 37 pages à peine mais le fil du récit en vaut la peine. Né d’un père marxiste et d’une mère juive, Elie quitte le foyer familial à la montagne pour poursuivre ses études à Nice. Un soir d’Halloween, il est agressé par Alex et sa bande d’amis qui le torturent jusqu’à la mort. L’auteur a l’art d’attiser la curiosité. Une écriture à décourvir donc.
Comme dans l’expression, il faut le lien pour boucler la boucle…
 
Les fantômes de Théodore de Martine Rouhart au Murmure des soirs arrivait à point.
Théodore s’enferme dans ses pensées, rétif à l’agitation du monde. En dépit de ses efforts, même sa fille Charline n’arrive pas à le comprendre entièrement et à débusquer les fantômes qui le hantent. Un jour, son père disparaît…
 
Bel été à tous !

La grande tueuse – Comment la grippe espagnole a changé le monde – Laura Spinney – Albin Michel – 2018 – ISBN 9782226397218 – Traduction Patrizia Sirignano

Le bon moment pour redécouvrir cet ouvrage passionnant sur la grippe espagnole paru en été 2018 !

Ouvrage dans lequel on découvre des similitudes et des différences avec la pandémie actuelle du Covid-19

Eclairant !

En deux mots,

Histoire de l’épidémie de grippe espagnole de 1918, des origines du virus à l’engrenage qui a causé la mort de millions de personnes au XXe siècle. Racontant les cas individuels de personnes touchées par la maladie, dont des célébrités de l’époque, l’auteure s’interroge aussi sur les conséquences sociales et historiques de cette pandémie.

Comment un virus H1N1, dont la source et le nom demeurent troubles, a-t-il pu faire plus de ravages encore que la Peste noire du XIVe siècle ?

À l’heure du 100e anniversaire de la pandémie de grippe espagnole, et alors que nous sommes à nouveau confrontés à de violentes épidémies – Ebola, Sida, Zika -, Laura Spinney ravive la mémoire collective de cet événement inouï et adopte une approche narrative pour le restituer dans toute sa complexité.

Elle revient aux origines de la maladie, étudie sa composition et ses particularités génétiques, reconstitue étape par étape le déroulement de la catastrophe au fil de tragédies individuelles poignantes, révèle la surprenante virulence, l’extrême étendue et la foudroyante rapidité de l’infection, et considère son impact non seulement sur les sociétés de l’époque, mais aussi sur la naissance des futures politiques de santé. Cette enquête entraîne le lecteur bien au-delà de l’Europe déchirée par la Première Guerre mondiale, des États-Unis à l’Iran, de l’Inde à l’Alaska, de la Russie à la Chine, en passant par le Brésil et l’Afrique du Sud, à mesure que sont tirés de l’oubli les témoignages de personnages, célèbres comme anonymes, confrontés à la maladie.

À l’échelle du globe, avec ses 50 à 100 millions de morts, la grippe espagnole fit plus de victimes que les deux guerres mondiales réunies, et fut sans doute la plus grande pandémie que l’humanité ait jamais connue.Journaliste scientifique et romancière, Laura Spinney collabore à de nombreuses revues scientifiques. Elle a notamment publié des articles dans National Géographie, New Scientist, Nature, The Economist et The Daily Telegraph.

Allô Charles de Trazegnies… « On peut sauver la planète si… Ce que propose Greta ». – Presses du Châtelet – 2020 – ISBN 9782845928152

En deux mots, en s’appuyant sur les prises de parole et écrits de Greta Thunberg, l’auteur propose un panorama des actions concrètes à mener pour une révolution écologique. Sont abordées des notions comme la limitation de la hausse des températures et le plafonnement des émissions à gaz à effet de serre.

La 4e de couverture mentionne :

« Comment osez-vous ! Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et de contes de fées de croissance économique éternelle. »
Greta Thunberg à l’Onu, 23 septembre 2019

Parce qu’on peut encore sauver notre planète, Charles de Trazegnies fait le point dans ce livre sur ce que dit Greta et ce qu’affirment les scientifiques. Il offre un panorama des actions concrètes à mener pour une vraie révolution écologique.