l’Ommegang, reconstitution historique du cortège auquel assistèrent Charles Quint et son fils Philippe II le 2 juin 1549, vient de faire son entrée au sein de la Champion’s League des événements culturels. Mes reportages tournés en 2018

Vade retro, Félicien ! – Francis Groff – Weyrich édition – coll. Noir corbeau – 2019 ISBN 9782874895807

Après « Morts sur la Sambre », Francis Groff propose une nouvelle enquête de Stanislas Barberian, bouquiniste affûté.

Fidèle à son habitude, Eloi Taminiaux était venu à pied depuis le petit appartement qu’il occupait au Rempart de la Vierge, face au parc Louise-Marie, à un jet de cannette de la Sambre… Le corps penché vers l’avant, la main droite posée à plat sur la tête pour retenir sa vieille casquette, il luttait contre le vent de janvier qui hurlait entre les façades du vieux quartier namurois.

Depuis plus de quarante ans, le vieux professeur vouait une passion pour le peintre, dessinateur, illustrateur et graveur namurois, Félicien Rops. Depuis sa première année d’université, au cours de laquelle il avait découvert quelques-unes des illustrations de l’artiste namurois, Eloi Taminiaux n’avait jamais cessé d’étudier son œuvre et d’éplucher son abondante correspondance. Au fil du temps, il était devenu un spécialiste reconnu de Rops et il avait collationné à son sujet une impressionnante documentation.

Historien amoureux de sa ville, l’ancien professeur disposait encore d’un bureau au sein de l’athénée. L’ensemble tenait à la fois de la bibliothèque et du fourre-tout.

*


Toujours à la recherche de livres rares pour les clients de sa bouquinerie parisienne, Stanislas Barberian est en visite à Namur à la demande d’un vieux professeur d’histoire qui affirme avoir mis la main sur un manuscrit très intime – et fort dérangeant – de Félicien Rops. En proie à une détresse sans nom, l’auteur du célèbre Pornocratès, l’aurait écrit à l’automne de sa vie.
Quelques heures avant la rencontre, l’historien est assassiné dans des circonstances qui laissent penser à un rituel sordide, voire satanique. Stanislas plonge malgré lui dans un univers inconnu où évoluent les adeptes d’une société discrète, des traditionnalistes religieux et de dangereux politiciens d’extrême droite…

*

L’auteur plonge une nouvelle fois dans une fiction digne des maîtres du polar. (lire Morts sur la Sambre)

Il va sans dire que la région namuroise regorge, elle aussi, d’un riche passé et que le présent cache encore d’obscurs réseaux dignes de la belle époque.

L’une ou l’autre affaire rappelle rapidement les grands faits de banditisme qui ont fleuri dans la presse régionale au cours des trois ou quatre dernières décennies.

L’écriture de Francis Groff fleure bon le « Peket» et le « Petit-gris ».  La fréquentation de quelques brasseries et de ses potins est source d’écriture… Ce qui sied bien à l’authenticité des faits.Et comme le signifiait un ami éditeur que j’aime citer, boire et manger local est bien, lire local est mieux encore. (Robert Nahum).

Crève la fin – Jack Boland – éditions La Trace – 2019 – ISBN 9791097515249

Julien est un jeune peintre à la bouillonnante ardeur, obnubilé par la mort,
victime semi-consentante d’un système psychiatrique….
Ce texte, écrit dans une excitation débridée,  est une plongée dans les affres intimes de la création artistique, la nécessité absolue de respirer par l’art, l’abandon total et implacable à la peinture… le génie qui frôle la folie et qui fait peur au commun des mortels… Avec une question : être normal, quel en est le critère ?

D’autres artistes considéraient déjà que leur propre œuvre apparaissait à leurs yeux comme un grand désastre. Mais le regard et les avis des « connaisseurs » en jugeaient tout autrement…

De même que les esprits étroits et bornés furent brûlés par le feu de la Sainte Inquisition, de même les esprits multiformes et anarchisants trouvèrent à la lueur de ces flammes l’épanouissement de leur morphologie spirituelle. L’inspiration de Julien, puisée dans la contemplation de la mort le figera à tout jamais dans des illuminations que  des Dante ou Dali surpassèrent eux aussi avec génie !

Le fil est tendu au-dessus du gouffre.

La rencontre avec Sigismonde, une galeriste attisera le feu de son enfer intérieur.

Mais l’enfer n’est pas loin.

Icare plane dans un halo de lumière aveuglante, nous mitraillant de feux étincelants.

De quoi défriser les moustaches de Dali !

Ah… l’usage d’une bonne camisole est ici de mise…

Mayacumbra – Alain Cadéo – éditions La Trace – 2019 – ISBN 9791097515218

Entouré de forêts et de brumes, à l’ombre d’un volcan assoupi et pourtant terriblement attentif, croupissent quelques bicoques : Mayacumbra.
C’est un hameau, comme un radeau d’âmes perdues, d’errants, de vagabonds,
tous magnétiquement attirés par ce coin de bout du monde.
C’est ici que Théo se retrouve après un long voyage. Au-dessus, plus haut, à la limite du néant, il va bâtir son ultime refuge.
Il vivra là une intense passion, au coeur de ce « géant de pierres rouges ».
En soi il y a tous les ailleurs.
Mais même là, un jour ou l’autre, viennent ramper les ombres de nos peurs.
Mayacumbra, c’est le creuset où fermentent nos joies, notre innocence et nos terreurs.

Alain Cadéo nous plonge dans un univers initiatique si particulier. Explorateur et éclaireur des êtres cabossés par la vie et de lieux mystérieux, il nous livre un roman mystique et lumineux : un concentré du style unique « Cadéo ».

Alain Cadéo est un tailleur de mots écrit Sylvie Le Bihan dans sa préface. Il y a, chez cet auteur, le chant de la nature et la bienveillance aride des hommes élevés au soleil, il y a dans ses textes, les ombres des forêts et de leurs bruits, de leurs cris qui n’effraient plus celui qui dort, la tête nichée dans les étoiles, il y a dans « Mayacumbra » un style ciselé, enrobé par le rêve d’un amour impossible et il y a, chez Alain Cadéo, le petit garçon qui dessine des mots sur les nuages…

Tout ce qui précède nous plonge au cœur, au plus profond du récit.

Quant à la forme, là nous touchons à la corde sensible de l’écriture, à cette impalpable ivresse qu’est le propre de la belle écriture.

Un décor planté au milieu de nulle part et qui d’emblée étreint les nuages.

Les mots d’Alain Cadéo sont les lumières, les ombres, les parfums de la nature et ses chants forment une trame bien serrée. Sa densité pourrait faire naître une certaine inquiétude. Mais nous découvrons très vite que l’on peut se familiariser avec elle. En baladant sans but, on apprend enfin à l’utiliser, à en faire quelque chose, comme une sorte de polissoir. On redevient « simple d’esprit », tous les sens en éveil. Ce que l’on capte, c’est ce que j’appellerais enfin volontiers « le miel de l’âme ».

Quiconque écrit, quiconque organise un atelier d’écriture, devrait user de cet art que l’auteur Toulonnais cisèle depuis son village d’évenos.

Boire à cette source qui sourd en bulles fraîches comme goulées de renaissance.

Ce sont des gorgées d’offrande claire.

Editions La Trace

Les trois cadrans de la beauté, Journal d’un printemps grec – Félix Katikakis & Marie-Bernadette Mars – Les éditions namuroises – 2019 – ISBN 9782875510945

Comme exprimé si délicatement en quatrième de couverture, ce petit album, au confluent de la poésie et de la photographie est un éloge à la beauté.

Il fait entrer en résonance deux regards sur la Grèce, bien différents par leur technique, mais unis par leur objet : souligner que la beauté, même s’il elle ne conjure ni le temps ni le malheur, révèle la présence au monde, le simple bonheur d’être là.

La préface signée par le jeune poète eut peut-être gagné en concision pour laisser au lecteur la surprise de la symbiose avec les magnifiques photos issues du regard affûté  de la photographe, par la recherche d’une couleur, d’un symbole, ou tout simplement de la beauté de la pierre riche en reflets.

Un texte touchant de jeunesse et qui laisse poindre une poésie trop cachée…

Déjà, striant le ciel, les longues partitions silencieuses du dieu s’allongent, semaison de braises dans nos regards où la caverne du sommeil est toujours entrebâillée.

Les 14 et 15 décembre, la maison de la Francité accueillera le festival Bruxelles se livre(s), dédié aux livres mettant en avant la Région de Bruxelles-Capitale et ses autrices et auteurs.

Les 14 et 15 décembre, la maison de la Francité accueillera le festival Bruxelles se livre(s), dédié aux livres mettant en avant la Région de Bruxelles-Capitale et ses autrices et auteurs.14 et 15 décembre, la maison de la Francité accueillera le festival Bruxelles se livre(s), dédié aux livres mettant en avant la Région de Bruxelles-Capitale et ses autrices et auteurs.

Les autrices et auteurs présent-e-s : 

Jean-Baptiste Baronian, Edgar Kosma, Marc Meganck, Bruno Brel, Joske Maelbeek, Gorian Delpâture, David Peeters, Eric Van den Abeele, Thierry Demey, Chantal Kesteloot, Yves Laurent, Gilles Horiac, Anne-Cécile Huwart, Ziska Larouge, Phil Smans, Pierre Guyaut-Genon, Alain Rolland, Alessandra d’Angelo, Chloé Roose, Xavier Huberland, Michel Joiret, Isabelle Fable, Tania Neuman-Ova, Arnaud de la Croix, Jean-Louis Aerts, Isabelle Bielecki, Claude Donnay, Alexis Gicart, Carino Bucciarelli, Zam Ebale, Bénedicte Phillippon, Anne Norman, Daniel Soil, Evelyne Wilwerth, Gérard Adam, Thierry Werts… et bien d’autres auteur(e)s passionnant(e)s et passionné(e)s par Bruxelles !

Les maisons d’édition représentées :

Maison CFC, Onlit, Racine, Lamiroy, Renaissance du Livre, Luc Pire, Guides Badeaux, 180° éditions, Luster, Weyrich, Le Cherche-Midi, Michel Laffon, Jonglez, Musée de la Ville de Bruxelles, les publications des Monuments et Sites de la Région de Bruxelles-Capitale, Aparté, Fondation pour les Arts, éditions M.E.O., CIVA, AAM, Prisme éditions, Nevicata, Soliane, La Trace

Programme des rencontres

Samedi 14 décembre :

14 h 00 : Bruno Brel et Joske Maelbeek : La Biest du Tuitenberg (Lamiroy)
14 h 30 : Eric Van den Abeele : La Belgique dans tous ses états (Renaissance du Livre)
15 h 00 : Marc Meganck : Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles 1845-1978 (Musée et les Archives de la Ville)
15 h 30 : Thierry Demey : Les transports publics bruxellois (Badeaux)
16 h 00 : Rencontre « Polar et Bruxelles », modérée par Rony Demaeseneer, avec :

17 h 00 : Edgar Kosma : #VivreAuVingtEtUnièmeSiècle (L’Arbre à paroles)

Dimanche 15 décembre : 

14 h 00 : Pierre Guyaut-Genon : Mais que fait la police ? (Lamiroy)
14 h 30 : Alain Rolland et Alessandra d’Angelo : Johnny Intime (Le Cherche-Midi)
15 h 00 : Chloé Roose : Brussels’ Kitchen 2 – Les nouvelles adresses food & style / New hotspots to eat out in style (Racine)
15 h 30 : Gorian Delpâture : AbécéDOORS (180° éditions)
16 h 00 : Xavier Huberland : Et si c’était vous…  (Lamiroy)
16 h 30 : Michel Joiret : Les larmes de Vesta (Éditions M.E.O.)
17 h 00 : Chantal Kesteloot : 1944 – 1945 Bruxelles, ville libérée (Renaissance du Livre)

Le jardin – Hye-Young Puyn – Payot & Rivages – 2019 – ISBN 9782743648725

Ogui ouvre lentement les yeux. Tout est blanchâtre autour de lui. Une lumière l’éblouit. Il ferme les yeux et les rouvre. Ça lui coûte un peu. Il est rassuré, il sent qu’il est en vie. Son éblouissement et la difficulté physique qu’il éprouve à remuer les paupières en sont la preuve.

-Monsieur.

-Vous êtes réveillé ?

Il entend une voix. Une voix féminine. Il ne voit pas la femme tout de suite, mais distingue petit à petit sa veste blanche. Ce doit être une infirmière…

-Vous êtes à l’hôpital. Vous comprenez ?

Et ma femme ? cherche-t-il à articuler.

Il commence à faire noir autour de lui. Une scène se répète derrière ses paupières : lui et sa femme sont assis dans une voiture qui se fracasse contre un mur aussi épais que haut.

De loin il se souvenait…

Le suicide de sa mère avait permis à Ogui de sortir de l’enfance. Il avait neuf ans. Son père un être indifférent et insensible, ne perçut aucun changement…  Mais Ogui se rappellait la terrible image de sa mère : un larynx percé d’un trou par lequel passait un tube…

Les femmes ont toujours été à l’origine des tournants importants de sa vie.

Ce fut sa femme qui lui ouvrit plus tard les portes du monde des adultes.

Il se souvenait aussi qu’à la fin de ses études universitaires, sa petite amie voulait devenir journaliste tout comme Oriana Fallacci dont elle gardait précieusement l’image. Cette photo avait au moins le mérite de montrer clairement ce que la jeune femme voulait faire.

Il trouvait adorable cette vanité puérile.

Puis l’accident !

Ogui est resté paralysé après cet accident de voiture qui a causé la mort de sa femme.

Il se retrouve enfermé chez lui sous la tutelle de son étrange belle-mère, une veuve respectable qui le néglige peu à peu le  laissant affronter seul sa rééducation et le deuil de son épouse. Plus étrange encore, elle s’obstine à creuser un immense trou dans le jardin entretenu autrefois par sa fille. Afin, dit-elle, de terminer ce qu’elle avait commencé…

Ce qui lui arrive en ce moment n’a rien d’une fin, c’est le début de quelque chose. Ogui qui pensait avoir connu beaucoup d’épreuves, pressentait à présent que beaucoup d’autres choses l’attendaient.

Hye-young Pyun est née en 1972 en Corée. Elle a fait ses débuts littéraires en 2000 en remportant le concours de nouvelles du Seoul Shinmun. Son oeuvre, caractérisée par une imagination insolente, a été récompensée par les prix littéraires les plus prestigieux en Corée et a été traduite dans de nombreux pays. Le Jardin a reçu le prix Shirley Jackson aux États-Unis et figurait parmi les dix meilleurs thrillers de l’été selon le Time Magazine.