Suite en mode Miseur – Une chronique signée Tito Dupret dans Le Carnet et les Instants

Dédié à Rio di Maria, avant-proposé par Éric Allard, publié par L’arbre à paroles avec l’aide du Fonds national de la Littérature, Sur les rives du Même de Claude Miseuractif auprès de diverses associations littéraires, au service de la cause des écrivain(e)s, a des allures de lettres nationales. Illustrées de six peintures sculptées par Ferderim Lipczynski, l’ouvrage touche à la sobriété et à la gravité. Le premier poème, parlant bas / de peur d’éveiller / la perte et le manque, prévient et prépare le lecteur.

Rapidement une personne, une âme, circule fantômatiquement entre les lignes et oscille dans les pages du recueil : quel faux-pas / provoquer / pour te rendre / mémoire / d’un simple égarement. Une tristesse, de celles insondables et que seule la poésie ose fouiller, à contre-courants et barrages intimes, irraisonnablement et sans espoir : un requiem saisit sur-le-champ et s’approfondit de poème en poème. Sois le brisant des mots / sur ce rivage vain / où les heures patientent / comme autant d’appâts de sable.

Sans espérance, Avec presque rien / tu prolonges un simple trait / et c’est un cercle / autour de nulle part / un vide où se répand / tout ce qui pourrait / être dit. Silence donc, dit dans l’écriture puisque sans autre voie possible. La poésie est la forme privilégiée des sentiments enfouis et l’auteur partage ici, sans concession avec les vivants, son adresse à la mort ; son impasse. Flot de sangLa sève sous le sangpeur et sang… Sangs, sables et lèvres sont omniprésentes, perlent dans l’ombre et pigmentent les textes, rejoignant ainsi les humeurs sombres des sévères peintures ici reproduites ; de gris et jaunes balafrés, hachurés, texturés, brutalement arrachés à la matière des huiles séchées avec les larmes.

Du constat sans appel en première partie, la deuxième se tourne vers le premier âge et Je tombe / encore / je tombe / de cette cabane qu’enfant / j’avais rêvée / dans mes arbres. Entre leurs feuilles et celles du livre, l’auteur dessine des jardins où l’envol prend de l’ampleur puis trébuche, écorche des cœurs gonflés, notamment avec ce poème plusieurs fois vertical et très pictural : Le ciel / si lourd / si proche / qu’il en devient d’encre / et caille comme le lait / renversé / à ta rencontre.

Au troisième acte, s’y révèle un passage qui dit au mieux le travail du poète : Mon île / regorge de fleuves / dont je ne soupçonne / ni les sources ni les rives / elle émerge parfois / du creux de ma main. Où l’île est bien sûr le poème, comme un moment et mouvement de salvatrice respiration. Les fleuves sont profonds d’émotions entre les sources et rives de l’inconsolable dévoilé par seul l’écrit, le manuscrit. Consciencieux, car à la fois lucide et attentif, Claude Miseur clôt d’un texte qu’il souhaite rassurant après nous avoir, sans compromis disais-je, maintenu la tête sous les vagues et lames de ses mots :

Rien de grave
au large d’ici

simple feu
de langage
à bord

Tito Dupret

Claude MISEURSur les rives du Même, Arbre à paroles, 2020, 108 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-699-3

Le-carnet-et-les-instants.

Un havre de paix – Stanislas Petrosky – Éditions AFITT – 2020 – ISBN 9782379650147

Au moment de commencer cette chronique, j’hésite encore un peu…

En effet, quelques clés de lecture se profilent à mon esprit.

Un petit lexique des mots fleurissant le vocabulaire des loubards et autres oiseaux !

Ou un florilège des restaurants du Havre et environs ! J’ai pris trois kilos durant ce weekend de lecture en me désaltérant de je ne sais combien de Karmeliet. Au plus grand plaisir de la bande, Sullivan dans un grand éclat de rire recommande une tournée à la première occasion, ce n’est pas le tout, mais l’air marin et le soleil de la côte normande, gagnant mon cabinet de lecture ixellois, ça vous déshydrate rapidement…

Lors de son prochain séjour en Belgique, Stan n’aura plus qu’à raquer pour mes consultations chez la diététicienne !

Bon et par cet après-midi pluvieux, même s’il pleut, il pleut bergère, c’est aux portes du pénitencier que nous allons nous retrouver.

À l’instar d’un autre ami écrivain, (cf. Tom Noti, Nos silences ne sont pas des chansons d’amour,) l’embaumeur nous balance une pléiade de titres qui vont rythmer chacun des chapitres. Une autre clé de lecture si l’on veut !

Pour ma part, lecture et écriture se font dans un silence monacal. Seule la chanson des mots me suffit.

*

Mais place aux anciens légionnaires.

Quand l’Embaumeur va récupérer un corps dans le centre pénitentiaire du Havre et que le suicidé lui paraît suspect, il ne peut s’empêcher de mettre son nez partout, de remuer la fange à ses risques et périls.

Surtout si le taulard décédé est un flic infiltré, un policier incarcéré pour faire tomber un monstre…

Qui a tué William Petit, comment, alors qu’il était seul dans sa cellule, et pourquoi ?

Entre une affaire de corruption dans la prison et un caïd qui tente de se faire passer pour une oie blanche, c’est une nouvelle aventure plus que mouvementée pour l’Embaumeur qui a mis le doigt dans un drôle d’engrenage huilé du feulement de belles bécanes et autres moteurs rugissant !

*

En pousse-café, l’auteur nous offre une petite incursion en Belgique en passant par la commune française de W…. Je n’ose pas lui faire la vanne que du coup c’est Wattrelos morgue pleine… En effet les frigos de l’entreprise du croque-mort local sont « bourrés ». Et dans les tiroirs, deux macchabées… jumeaux !

Dans la vie, des fois, tu as vraiment du bol, le genre de truc que si tu le mets dans un polar, un bon vieux roman de gare, personne n’y croira, et pourtant…

Belladone – Hervé Bougel – Éditions Buchet Chastel – 2021 – ISBN 9782283033111

Sollicité en pleine pandémie  pour faire paraître une photo de lui le visage masqué par la couverture d’un ouvrage, Jean-Louis Massot, un homme bien connu des lettres belges, de France et de Navarre et qui a animé depuis 1995 et jusqu’il y a peu, les éditions « Les Carnets du Dessert de Lune », me fit parvenir un « masque » qui m’intrigua : « Belladone » un roman signé par un certain Hervé Bougel.

Curieux et intrigué par le choix de Jean-Louis Massot, ce féru de la belle écriture, contact est pris avec l’éditeur Buchet Chastel et  l’ouvrage me parvient très rapidement.

Après lecture,  je comprends ce coup de cœur !

*

– Maître, j’ai apporté un cadeau pour notre camarade, parce que sa famille est pauvre.

Il me désignait, de l’index, et du menton.

La honte. L’humiliation…

-Remercie ton ami, avait aboyé Lachenay, le maître de classe.

Il avait fallu articuler le mot :

-Merci.

La rage au cœur, le ventre noué, j’avais dû traverser la classe en biais, gagner le pupitre de Lefin, puis revenir à ma place, le sac en plastique à la main, l’enfourner dans mon cartable.

-Tu pourrais être un peu plus aimable, avait repris Lachenay, sois poli, si tu n’es pas joli !

*

J’ai honte pour mon père, j’ai honte de nous. J’ai honte de la façon dont nous vivons. J’ai honte de ce qu’on doit en dire : la famille de l’ivrogne, là-haut, au quatrième étage…

Les nuits sont brutales, les nuits sont pleines de cris. Les nuits sont noyées de mensonges. Les nuits sont envahies de fantômes fragiles. Les nuits sont sans issues…

Et toujours cette peur…

La peur à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le cœur. La peur qui enserre, la peur qui réduit, la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête.

*

Je regarde par la fenêtre, le temps commence à virer. La haute statue de la Vierge plantée sur la tour de pierre qui domine la colline de la Vouise, immense derrière les immeubles, disparaît déjà sous les assauts des nuages noirs…

« C’est notre mère qui est là, jeune, mince, grande, ses longs cheveux noirs jetés sur ses épaules. C’est elle, la Belle Dame enfin apparue. Elle nous sauve. » … Elle veille sur la vallée.

Le narrateur se remémore son enfance solitaire, à la fin des années 1960, dans une petite ville des Alpes. Difficile pour lui de trouver sa place dans l’univers familial violent qui est le sien, entre une mère autoritaire, un père suicidaire, une soeur effacée et un grand frère obsédé par le sport.

Un roman noir dans lequel Hervé Bougel agite des ombres et explore les chemins de l’enfance, des jeunes en quête de liberté…

Un récit très poignant !

Sybille et les mille et une raisons d’écrire – Valérie Cohen – Newsletter.

Sybille et les mille et une raisons d’écrire

Pourquoi écrire ? Cette question m’est souvent posée et elle me fait penser à cette histoire personnelle…

Maman est venue manger à la maison… rien d’exceptionnel, me direz-vous. Des bruits de couverts, des rires, quelques yeux levés au ciel… les petits détails ordinaires d’un repas de famille. Soudain, Sybille Bauer s’est invitée dans la conversation. Cette tenancière de maison close bruxelloise a caché ma mère et ses parents dans une mansarde entre 1941 et 1945.

Maman a parlé, détendue, aidée sans doute par quelques gorgées de bon vin. Au péril de sa vie, une inconnue a sauvé une famille juive pendant la guerre. De cette prostituée au grand cœur, elle ne connait rien. De cette jeune femme qui offrait ses charmes aux hommes et une partie de ses vivres à des inconnus, il ne lui reste rien.
 

Pas un nom, une adresse, une urne à honorer… 
 

Au creux d’elle, ma mère sentait que le silence était un baume parental et de cette période sombre de leur histoire, elle n’est l’héritière que de bribes.

La soirée s’est achevée, Maman s’est éclipsée, mais me voilà flanquée d’un fantôme. Une gentille dame à laquelle je ne peux mettre de visage. Sybille Bauer, marchande d’amour, sauveuse providentielle…
 

À force d’être occultés, les souvenirs fuient la lumière
 

Maman n’était qu’une gamine et j’aimerais qu’elle me relate le récit de ses premières années de vie sur une feuille A4.

Mais c’est trop étroit, une page blanche, pour y dévoiler une enfance. Même compactés, les souvenirs pèsent lourds. Alors, Maman (comme ses parents avant elle) survole le passé comme un petit oiseau. Elle préfère ne pas s’y attarder, s’y engluer ou s’y perdre. Le visiter, de loin, une carte à la main. Comme un musée, un temple ou un cimetière.
 

Mais quel est le lien avec l’écriture… ?
 

Il y a tant de raisons d’écrire ! Peu importe que cela soit pour soi ou pour les autres, l’important n’est pas d’être lu.

Poser les choses sur le papier, c’est un peu comme les crier au vent ou les susurrer à l’oreille d’un être aimé. C’est plus qu’une simple technique permettant d’imaginer des personnages ou de partager une intrigue. C’est un confessionnal intime dont nous seuls avons les clés. Une sorte d’usine à recycler des sentiments !
 

Un outil magique…
 

Grâce à lui, les émotions peuvent se transformer en paysages merveilleux, en peintures colorées, en douces étreintes. En belles histoires aussi.

Écrire permet de laisser la place au discernement et à la compassion. À la juste distance à mettre entre soi et les choses ou les êtres.

Écrire, c’est mettre des paroles sur le silence et des mots sur les maux.

Écrire, c’est traverser les ponts invisibles qui mènent à nos propres peurs et à nos désirs enfouis.
 

Les mots ouvrent des portes en nous, guérissent et apaisent


Comme la peinture, le chant, la danse ou la cuisine, l’écriture est avant tout un moyen d’exprimer des émotions.

Alors, j’écris.

J‘écris avant que les souvenirs ne fuient à jamais la surface opaque de la mémoire des survivants.

J’écris pour offrir à cette inconnue ma gratitude et ma profonde admiration.

J’écris pour faire revivre Sybille Bauer un temps et lui donner un nom.

Il y a mille et une raisons de jouer avec les mots… mais aujourd’hui, je découvre qu’écrire est aussi ma manière de fleurir une tombe.

À très vite,

Valérie Cohen

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La valse des tulipes – Ibon Martin – Actes Sud – 2020 – ISBN 9782330139506

Ana Cestero, une jeune inspectrice de Bilbao, férue de rock, de surf et de mythologie celte, vient de prendre les commandes d’une nouvelle unité d’élite nommée « USHN », l’Unité spéciale d’homicides notoires et constituée d’agents spécialisés dans la résolution de crimes multiples ayant un fort retentissement médiatique.

Aitor Goenaga  et Julia Lizardi, agents à Gernika

Txema Martinez, un ancien d’Interpol

Silvia, la psychologue

La mort, diffusée en direct sur les réseaux sociaux, de Natalia Etxano, célèbre et puissante journaliste connue de la région et… ex maîtresse de Luis Olaizola, commissaire de police de Gernika,  doit être résolue en moins de deux afin d’éviter qu’un vent de panique ne souffle sur la région de l’estuaire d’Urdaibai, poumon de la Biscaye, un espace naturel d’une beauté stupéfiante qui s’étend des marécages de Gernika aux falaises déchiquetées de la mer Cantabrique.

Ce paradis, qui vit au rythme des marées, voit soudain sa tranquillité mise à mal par le meurtre de plusieurs autres femmes, toutes âgées d’une cinquantaine d’années.

L’enquête ne tarde pas à révéler que les victimes ont en commun une tulipe rouge sur le corps.

En effet, les enquêteurs découvrent toujours auprès des victimes une tulipe ou… un bouquet des mêmes tulipes d’une variété  peu connue, nommée « Red Emperor » par l’Aranzadi, la Société des sciences. Cette société ne s’occupe que de la flore sauvage du Pays basque, mais il y a quelques années, elle a aidé à documenter une thèse sur l’hybridation des tulipes.

De plus, toutes les victimes ont une année blanche dans leur CV. En 1979, quittant alors l’adolescence, elles seraient toutes allées passer une année à Lourdes, « missionnées » par un couvent de Gernika.

Dans quel but ?

*

Julia Lizardi se sent trahie, blessée au plus profond d’elle-même : près de quarante années vécues dans le mensonge. Comment sa vie a-t-elle pu changer à ce point en quelques heures ?

*

Ce page-turner s’appuie sur une histoire terriblement addictive et une foule de personnages merveilleusement incarnés. Mais il captive tout autant par son atmosphère : villages austères, maisons de granit, processions fiévreuses, écho lancinant de la pluie, relents de salpêtre, ballets de goélands dans le sillage des chalutiers qui rentrent au port…

Tout autour, les ténèbres franquistes, telle une plaie toujours à vif, baignent cette nature sauvage peuplée d’hommes rudes et de multiples secrets.

Ibon Martin est né à Saint-Sébastien en 1976. Après des études de journalisme, il a écrit plusieurs guides sur le Pays basque, qu’il a arpenté pendant de nombreuses années. La Valse des tulipes est son premier roman traduit en français.

L’écrivain mène l’enquête : Le Vampire de Montparnasse 2/2 – Hervé Michel

Voici la seconde partie du podcast intitulé : Le Vampire de Montparnasse, dans la série : l’Écrivain mène l’enquête.https://hervemichel.net/le-vampire-de-montparnasse-2-2/Découvrez qui était cet insaisissable personnage qui s’introduisait, la nuit, dans les cimetières pour mutiler des cadavres de femmes. Il échappait à tous les pièges, les chiens féroces refusaient de l’attaquer, il sautait par-dessus les plus hauts murs et semblait même insensible aux balles.On le coinça par hasard et la surprise ne fut pas mince de découvrir qui se cachait sous le masque de l’horreur.

Hervé Michel

L’écrivain mène l’enquête : Le Vampire de Montparnasse 1/2 – Hervé Michel

Une histoire vraie qui défraya la chronique en 1849, lorsqu’une série de profanations incroyables eut lieu au cimetière Montparnasse. Ce n’est pas tant les profanations, d’ailleurs, qui retinrent l’attention du public, mais la personnalité du profanateur. Ce dernier était un être capable de sauter des murs de trois mètres de hauteur, dont la seule présence faisait fuir les chiens d’attaque les plus féroces et qui paraissait totalement invulnérable aux balles.
La presse le surnomma : le vampire de Montparnasse.
Attention, certaines descriptions que j’ai relevées dans la presse de l’époque sont particulièrement difficiles à soutenir. Je les ai retranscrites dans un souci de fidélité historique, mais vous êtes prévenus.

Hervé MIchel

Le secret d’Irvin – François Rivière – Éditions Rivages – 2021 – ISBN 9782743650469

Vous ai-je dit dans qu’elles circonstances Irvin Rosa-Fierce et moi nous sommes connus ?

La chose s’est produite de manière inattendue et dans un décor que, par la suite, nous ne nous sommes jamais lassés d’évoquer au fil de nos rencontres innombrables. Je vais donc commencer par la première de celles-ci, indissolublement liée à mon premier séjour à Los Angeles en octobre 1946.

Un brouillard tenace entourait comme du coton hydrophile l’imposante villa de la comédienne Louise Medora. J’avais à peine dix-neuf ans et, ce soir-là, j’avais pris place à bord d’un des wagons jaune et rouge du tramway longeant Sunset afin de rallier l’adresse confiée par ma grand-tante Harriet. Celle-ci avait depuis peu pris sa retraite de costumière aux studios Universal et, lors d’un séjour dans notre maison familiale de San Diego, elle avait évoqué devant moi ses années de pension quelque part dans le Vermont avec la célèbre actrice, surnommée la Tigresse, « une vedette à mille dollars la semaine ».  Le sang de l’admirateur que j’étais ne fit qu’un tour. J’obtins rapidement le numéro de téléphone de la star et convins d’un rendez-vous.

Ce soir-là, je franchis donc le portail de la villa évoquant irrésistiblement le décor d’une production d’épouvante de la firme Universal et fus introduit dans le salon de l’actrice.

La comédienne agita un fume-cigarette en nacre pour se signaler à mon attention et, en me hâtant vers elle, mon pied se prit dans quelque chose et je trébuchai.

–  Je suis absolument désolé, fit une voix haut perchée et, en me tournant un bref instant, je vis que je venais de heurter le genou d’un homme dont je ne distinguai que la chevelure abondante et frisée : – Irvin Rosa-Fierce. Sachez que j’ai entrepris de consacrer un livre à Louise Medora… Ne me dites pas que vous nourrissez le même projet. Soudain embarrassé, je trouvai seulement à préciser que j’étais un grand admirateur de la grande actrice et que je… je…

Nous nous remémorons souvent cette fameuse nuit où le fou rire nous avait chassé de chez Louise Medora – ou devrais-je dire de la tanière d’une légendaire tigresse.

L’amitié entre le narrateur et Irvin Rosa-Fierce, chroniqueur  mondain le plus malicieux et le plus exubérant que la Cité du cinéma ait jamais connu, mais aussi un auteur fasciné par Edgar Allan Poe et Henry James, débuta ainsi.

Irvin était un doux rêveur et c’est assurément à travers ses chroniques toujours aimables et ses essais de fiction qu’il sut canaliser les songes qui le menaient par les chemins magiques de son pays d’Oz.

Comme journaliste, Irvin était à l’affût de tout fait divers comportant un attrait mystérieux. Hollywood n’avait aucun secret pour lui : des jeunes premiers aux divas déchues, des amours assassines aux histoires de fantômes, il nous dévoilait dans ses chroniques et ses nouvelles les coulisses de l’écran argenté. Mais qui était-il vraiment ?

Moi, j’étais le libraire de l’hôtel Biltmore, dont l’échoppe proposait des curiosités littéraires à  ces artistes, cinéastes, musiciens, et peintres dont la bonne éducation et la culture souvent très vaste m’emplissaient d’admiration.

Pour moi  Irvin était incontournable par l’inattendu de ses histoires !

– L’affaire du tombeau égyptien et cette rencontre avec le professeur Dobson qui parla de la découverte en plein désert, de curieuses ruines… égyptiennes à plus de cent soixante-dix miles au nord-est de Los Angeles !

Et petit clin d’œil à la Belgique avec…

– Bon Dieu ! C’est fou ce que tu lui ressembles !

– Mais à qui ? demanda Clément Jaqumain, individu à la carnation pâle, à la chevelure blonde tirant sur le blanc. Ses yeux étaient d’un bleu profond sous des sourcils au tracé délicat… originaire d’un petit bourg de Wallonie et qui officiait comme vendeur dans une boutique de matériel pour peintres et dessinateurs située rue du Midi, à deux pas de l’Académie des beaux-arts de Bruxelles.

Clément… que nous retrouverons devant la grille du luxueux bungalow El Retiro du 404 Alvarado Street, propriété d’un jeune premier hollywoodien, Cesare Morena, sur les hauteurs de la ville. Son sosie.

Irvin était intarissable…


C’est sur la piste de ce personnage insaisissable que nous entraîne François Rivière dans un roman en forme d’enquête policière qui ressuscite un Los Angeles aussi fulgurant qu’inquiétant…

François Rivière est romancier (Un garçon disparait, Rivages, 2014), journaliste littéraire et scénariste de BD. Il est également l’auteur de nombreuses biographies, dont celles d’Agatha Christie, Patricia Highsmith et de G.K. Chesterton (Le Divin Chesterton, Rivages, 2015).